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DECIDER

A l'heure où je pose ces quelques mots, je m'appelle Emma Dubois. Les miens ne me connaissent que par mon prénom que je n'ai jamais cherché à changer. Je suis née sans nom de famille. Je n'en avais pas besoin. Je suis venue au monde à Bordeaux, sous une étale de boucher. J'étais le cinquième enfant sur les douze, vivants ou mort-nés, que ma mère a porté. Comme beaucoup à cette époque, nous étions pauvre. 

J'ai grandis dans les ruelles du Bordeaux sale, crasseux et coupe gorges. Rien à voir avec le joyau d'aujourd'hui. J'étais une enfant des rues. Dès mon plus jeune âge, mes frères m'apprirent à voler, ruser et à recevoir les coups du vieux quand les soldats nous ramenaient chez nous. Malgré tout, nous recommencions à piquer les bourses des riches. avec le peu de pièces que nous troussions, nous pouvions plus ou moins manger à notre faim. La vie était simple. Je me souviens que j'étais heureuse. 

Un jour, ma mère décida que je devais essayer d'être respectable. De son côté, elle était loin de l'être. Je l'avais surprise vendant son corps dans une ruelle près des quais. Plusieurs de mes frères étaient les bâtards de ces hommes de passage. A onze ans, elle me trouva une place comme lingère chez Mme Sancier. Je fus placée au seing du corps de maison de ma nouvelle patronne. Je fus exploitée jusqu'à ce que son mari tente de me violer. 

Mme Sancier n'entendit que la version de son époux. Selon les dires de cet homme, j'avais délibérément ôté mon haut pour dévoiler le peu de poitrine qu'une enfant de  onze ans possède. J'avais aussi glissé ma main dans son pantalon comme les putains savent le faire. Je fus mise à la porte sur le champ. De retour chez nous, je reçus la plus belle des branlées. le visage tuméfié, le bras cassé, je gardais le lit plusieurs jours, souffrant le martyre.

Cet hiver-là, je perdis deux soeurs, Madeline deux mois et Henriette deux ans. La faim eut raison de leur être. Les soeurs de la charité avaient proposé de les recueillir. Elles avaient affronté le sale caractère du père. Jean mourut quelques semaines plus tard. Le froid tua le paternel juste avant la fin des dernières gelées. 

Au printemps, nous n'étions plus que six bouches à nourrir. Notre père mort, notre mère trouva le premier l'acceptant avec ses rejetons. Notre aîné épousa une fille de campagne et nous quitta dès l'arrivée de l'été. Une bouche de moins à nourrir mais aussi un revenu de moins. Ma soeur se fit engrosser par notre beau-père. Le bâtard choisit de mourir avant de venir au monde. La canicule d'août emporta Louis sur un navire en tant que mousse. En ce début d'hiver particulièrement doux, nous n'étions plus que quatre bouches à nourrir.

L'année de mes douze ans fut le tournant de ma vie humaine. Ma mère accepta que son compagnon continue à abuser de ma soeur. Une nouvelle bouche vint s'ajouter puis un retour de couche ajouta des jumeaux à notre malheur. De mon côté, je volais toujours de quoi manger jusqu'au jour où je fus arrêtée par un soldat plus zélé que les autres. Je n'ai pas été jugée, simplement oubliée dans un cachot rempli de rats. La nuit,  ces sales bestioles me réveillaient. Elles essayaient de se remplir l'estomac avec mes extrémités. Mon corps fut couvert de morsures. Je sortis affaiblis de cette épreuve. Je rentrais chez moi comme si rien ne s'était produit, sauf que mon beau-père me colla la raclée du siècle. Avec le peu de forces qu'il me restait, je me débattais pour me libérer de son emprise. Il me gifla et m'arracha mon jupon. Ce geste déclencha une forme de panique. Je savais que, si je me laissais faire, je deviendrai sa nouvelle chose. Je le frappais avec mes poings. Mes jambes repoussaient ses attaques pour pénétrer mon intimité. Je hurlais et lui signifiais un détail. Il s'arrêta. Dans son regard, je compris que ma virginité était signe d'argent. 

Cet animal m'enferma dans la cave infestée, elle aussi, de rats. Ce cauchemar n'allait donc pas prendre fin. J'entendis la dispute entre ma mère et son compagnon. Je n'en saisis aucun mot. Les cris de cet échange se calmèrent enfin. Dans la nuit, ma soeur se leva pour allaiter ses bébés. Son devoir maternel accomplis sans amour, elle vint me voir avec un bout de pain et de l'eau. J'avalais sans mâcher cette brique sans goût que l'eau de la Garonne ramollissait avec peine. Louison ne prononça pas un seul mot puis, observant mon visage, elle s'excusa.

-C'est pas ta faute. 

-Contrairement à toi, je suis faible. 

J'avais pas envie de lui répondre par l'affirmative. J'étais déjà assez en colère comme ça et encore plus effrayée. La prison et maintenant cette cave, je n'en pouvais plus. Je ne rêvais pas de grandeur comme les jeunes d'aujourd'hui. Ma condition de femme était un handicape. Rajoutez à cela le monde dans lequel j'étais née et vous obtiendrez une vie de crève misère d'une banalité ennuyeuse. Au moins, je n'avais pas encore d'enfant. 

Louison n'avait que quatorze ans et mère de trois enfants. Ce n'était pas choquant pour l'époque. Aujourd'hui, on criait, à raison, à l'acte pédophile. Ma soeur saisit tendrement ma main pour la poser sur son ventre. Elle était encore en cloque. Ma colère ne fit que s'amplifier. Je ne voulais pas de cette vie de soumission. Celle, que nous appelions mère, vint chercher Louison. elle claqua la porte puis la ferma à double tour. 

Dans le noir, je songeais à quitter cette vie. 

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Portrait de Anonyme
Portrait de Rochelounet
Après vérification Emma apparait des le XIeme siecle... en terme de modernité, on a connu mieux.

Cette réécriture est beaucoup plus fine et plus agréable. Tu contextualises davantage l'époque même si ton personnage insiste pour avoir un vocabulaire "d'aujourd'hui" et non pas d'époque (raclée du siècle, être en cloque...). Ça peut se défendre en fonction de la suite de l'histoire...

J'aime bien l'idée de réfléchir la place de la femme autant en tant qu'objet sexuel que condamnée à être une reproductrice à la chaine. L'envie d'échapper à ce destin a du sens.

Le dernier paragraphe est un peu moins bien écrit et son sens est confus après la première phrase, qui serait une conclusion parfaite selon moi.