Chapitre 1 | 404factory
Mickaël Rieder

Chapitre 1

                Les outils chirurgicaux avaient taillé dans sa chair encore et encore, à tel point qu’il ne parvenait plus à crier. Au bout de combien de temps un homme peut-il s’habituer à une telle douleur qu’il ne la sent plus ? Il ne le savait pas, il ne savait plus grand-chose, et quand il vit ce bras gris et rachitique lui retirer le cœur, se prit à espérer enfin mourir. Mais une autre paire de bras se pencha vers le trou béant dans sa poitrine pour y introduire une masse gélatineuse et gluante d’un vert fluorescent qui palpitait fébrilement. Un faisceau laser tira plusieurs fois dans sa poitrine, et subitement il comprit. Ils ne lui avaient pas simplement arraché le cœur, ils lui avaient remplacé. 

                Une grande vitalité l’habitat soudainement, et il recommença à se débattre, en vain. Ces monstres lui remplacèrent ensuite les poumons, le foie, la rate, l’estomac et les yeux, avant de lui planter ce qui ressemblait à des seringues dans les deux bras, et alors que son sang était aspiré par le bras droit, un liquide toujours aussi vert et visqueux lui était injecté de l’autre côté pour le remplacer.

                Il se débattait, il hurlait, il voulait mourir, il voulait se battre, et refusait d’abandonner quoi qu’il arrive. Pourtant, quand un de ces monstres s’approcha de lui avec une énorme lame de scie, il comprit que ça n’en finirait pas tant qu’il était leur prisonnier. 

                Alors que la scie se posait contre son crâne, il inspira un grand coup.

 

*

                — Mickaël. Hey, Mick, tu dors ?

                Mickaël ouvrit ses grands yeux blancs-gris pour fixer ceux qui l’avaient réveillé, Luke et Archibald, ses coéquipiers au sein des Forces d’Élite des Forces de la Résistance mondiale, et ce qui se rapprochait le plus pour lui d’amis, ou d’une famille. Alors que sa vue s’acclimatait à son environnement, il se redressa sans que sa main droite quitte sa cuisse et le bâton noir qui y était accroché.

— C’est déjà notre tour ?

                Luke, grand brun musclé au visage partiellement brulé, lui tendit un bras que Mickaël saisit pour se relever, tandis qu’Archibald, petit gros suant mais particulièrement intelligent, répondait.

— Non, pas encore, mais on s’est dit qu’on pouvait faire un dernier repas ensemble, pas vrai ?

                Se frottant les fesses, Mickaël dévisagea ses amis avant de répondre.

— Ça nous changera des gélules. En avant.

                Les trois combattant s se mirent en route quand le sol se mit à trembler. Les lampes vacillèrent tandis que de la poussière tombait du béton composant le plafond et que l’éclairage clignotait. Quand tout revint à la normal, Luke et Mickaël échangèrent un regard sombre tandis qu’Archibald tremblait de tous ses membres.

— Ce n’est pas passé loin… Tu en dis quoi, Mickaël ?

— Ils ont franchis la barre des cinq kilomètres et seront bientôt à nos portes.

                Archibald dévisagea son ami, terrorisé.

— Mais… Toutes les défenses de la planète étaient présentes…

                Toujours neutre, Mickaël répondit d’un ton laconique.

— Comme si ça les avait arrêtés avant. Réfléchis Archi, si on en est réduit à un tel plan aujourd’hui, c’est parce que nous sommes foutus.

                Se détournant d’eux, il ajouta.

— Je n’ai plus faim… Je vais à la Turbine.

                Mickaël s’en alla, vite suivi de ses compagnons d’armes qui le rattrapèrent en petites foulées.

— Les gars, vous savez, un bon repas nous ferait du bien…

                Luke fusilla Archibald du regard et celui-ci murmura.

— OK, je n’ai rien dit…

                Mickaël regardait le spectacle qui s’offrait à eux tandis qu’ils avançaient dans les couloirs sans laisser transparaitre la moindre émotion, alors que le long des murs de béton nu se tenaient des vieillards, des femmes et des enfants terrorisés et affamés, tous incapables de se battre pour leur survie, et laissés de côté par le Consortium Planétaire. Devant une mère qui allaitait un nourrisson sans lâcher la main d’une petite fille crasseuse, Mickaël s’arrêta pourtant. Le regard de cette fillette était toujours plein d’espoir et de joie, et il sentit quelque chose au fond de lui y réagir. Un reliquat de ces sentiments qu’il avait pu éprouver avant. S’avançant vers la mère, il vit celle-ci lever les yeux avant d’ouvrir une bouche stupéfaite quand elle le reconnu.

— Combattant Rieder… Messire, je suis désolé si la vue du repas de mon enfant vous a importuné…

                Toujours neutre, Mickael répondit.

— Ce spectacle me semble pourtant le plus naturel qui soit, et ceux que ça dérange peuvent venir m’en parler, je me ferais une joie de leur faire changer d’avis.

                La femme se mit à sourire, rassurée, avant d’incliner respectueusement la tête.

— Que puis-je pour vous, messire ?

— Où est leur père ?

                Les yeux de la jeune femme se rougirent.

— Mort au front avec le reste de la Trente-Cinquième Division Défensive la semaine dernière, messire…

                Mickaël baissa la tête quelques secondes. Il avait combattu avec ces hommes, et leur sacrifice avait permis de reculer l’échéance suffisamment longtemps pour que la turbine finisse d’être mise au point.

— Et vous avez donc tout perdu ? Logement, rationnement ?

— Oui messire. Ils m’ont annoncé son décès puis nous ont chassé de notre logement…

— C’est honteux. La Trente-Cinquième DD a été héroïque et mérite d’être honorée.

                Il fouilla dans sa poche et tendit une liasse de billets roses ainsi qu’une clé.

— Tenez. Mon logement, et mes tickets de rationnement.

                La femme resta interdite, aussi Mickaël lui prit-il la main pour y déposer ses biens alors qu’elle commençait à pleurer.

— Comment pourrais-je vous remercier ?

                Le combattant fit non de la tête avant de répondre.

— Je mange peu, je dors peu, et je n’utilise pour ainsi dire jamais mon logement. Allez faire un bon repas, vous laver et vous reposer, vous le méritez.

                Il ébouriffa les cheveux de la fillette en ajoutant.

— J’ai une vieille télévision et des cassettes de dessins animés, ça te plairait ?

                La petite fille cria de joie tandis que Luke aidait la femme à se relever, et celle-ci étreignit Mickaël.

— Mon mari vous a toujours considéré comme notre plus grand héros depuis que vous êtes revenu de là-bas… Et il avait raison, seul un héros a un cœur assez grand pour un geste aussi noble… Merci.

— De rien. Adieu.

                Mickaël s’écarta d’elle et reprit sa route, et quand lui et ses amis furent à bonne distance, Archibald demanda.

— Pourquoi tu as fait ça ? Tu viens de dire qu’on était foutus de toute façon… Ce n’est pas logique…

                Mickaël dévisagea son ami avant de répondre.

— Est-ce que cette petite fille n’a pas le droit à un bon repas et un bain bien chaud au dernier jour de sa vie ? Est-ce que cette femme qui a tout perdu n’a pas le droit à un semblant de réconfort avant de disparaitre ?

                Archibald ne trouva rien à répondre et Mickaël conclut.

— Nous n’avons pas su sauver notre monde, ni même redonner un semblant d’espoir à notre race, mais au moins ces gens-là partiront avec le cœur plus léger.

                Luke et Archibald s’arrêtèrent avant d’observer la horde de réfugiés le long des murs, puis de se diriger tous deux vers des familles dans le besoin et de reproduire le geste de leur ami, pour ensuite le rejoindre en courant.

— Alors ? Qu’est-ce que ça vous fait ?

                Archibald grogna.

— J’avais gardé un max de ticket, je pouvais faire trois repas avant la Turbine… Mais c’est vrai que j’ai l’impression d’avoir été un gars bien… Maman aurait été fière de moi…

                Le silence se fit dans le trio qui continua sa progression jusqu’à une immense porte blindée montée sur vérins hydrauliques et maintenue entrouverte. A travers l’espace ménagé, une colonne d’hommes en uniformes plus ou moins délabrés faisaient la queue pour entrer dans la salle protégée d’où émanaient une vive lumière et un intense bourdonnement. Quand ils virent arriver les trois combattants, un ordre s’éleva de la colonne et tous se mirent au garde à vous. Luke les remit instantanément au repos tandis que Mickaël, Archibald et lui remontait la colonne de soldats pour entrer dans la salle.

                Ils s’immobilisèrent quelques secondes devant le spectacle qui s’offrit à eux. Une turbine longue de presque cent mètres pour une vingtaine de diamètre parcourue d’éclairs, au centre de laquelle s’étendait un profond tunnel du fond duquel s’élevait une vive lumière dorée dans laquelle pénétraient les soldats les uns après les autres. Archibald fit un pas en arrière en murmurant.

— Ce n’est quand même pas super engageant…

                Luke le fusilla du regard avant de le pousser en avant, et les trois hommes se rendirent devant les Officiers à l’entrée du dispositif. Tous échangèrent leurs saluts puis un Général au visage à demi recouvert de tissu cicatriciel leur tandis trois épaisses enveloppes marrons.

— Messieurs, vous savez ce que ceci contient. Le moyen de prévenir d’autres réalités de ce qui les attend. Chaque réalité sauvée est une victoire face à notre Défaite. Si notre terre est perdue, ce n’est pas forcément le cas des autres. Nous avons déjà six milles cinq cents hommes et femmes transportés dans d’autres plans, mais votre tour ne viendra pas tout de suite.

                A peine le Général peut-il fini sa phrase que le bunker trembla et que les lumières se coupèrent au profit d’un éclairage rouge. Se retenant vers les militaires en attente, Mickaël hurla.

— Aux armes, ils sont entrés !

                Alors qu’il allait se saisir de la matraque accrochée à sa cuisse, le Général le retint.

— Ne te lances pas dans un combat perdu. Passez la Turbine.

— Mais Monsieur, nous pouvons vous faire gagner de précieuses minutes.

— À toi tout seul, tu représentes pour UNE planète de grandes chances de survie ! Alors PASSEZ LA TURBINE !

                Mickaël lança un regard à Archibald puis à Luke, et tous deux acquiescèrent. Soupirant, il se saisit à son tour d’une enveloppe pour les rejoindre à l’entrée de la Turbine ou Luke lui tendit la main.

— Je crois que c’est là qu’on se dit adieu, mes amis…

                Se retenant de pleurer, Archibald enchaîna.

— Je suis heureux de vous avoir eu comme ami…

                Toujours neutre, Mickaël répondit.

— Faites attention à vous…

                Tous se dire adieu puis Luke franchit la lumière dans un grésillement d’énergie, suivi de près par Archibald. Mickaël allait les suivre quand la porte blindée explosa. Se retournant en dégainant son fusil d’assaut, il ne put éviter le morceau de métal blindé qui le frappa de plein fouet, le propulsant dans la lumière alors qu’il lâchait son arme et sombrait dans l’inconscience.

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Portrait de Anonyme
Portrait de Philippa Chevallier
C’est pas mal pour un début mais je trouve qu’après Rack il manque une petite impulsion
Après il y a beaucoup de distanciation
Si tu es en 3emé pers. focalisée int. ça colle très bien à ton héros et son histoire
Si tu es en omniscient alors j’en pense que tu peux accentuer l’aspect fin du monde

Sinon l’intrigue est bien annoncée et promet une bonne suite
Portrait de Sebastien Carré
Bah... C'est comme d'hab c'est un peu de tout...
Portrait de Koan
Bon, ben j'ai vu que tu as pondu un nouveau truc, du coup j'ai replongé, et dès la première page je ne regrette pas. C'est mieux écrit, mais y a toujours quelques petites fautes d'orthographe, surtout dès ta page de préface, relis toi et corriges, ça le fais pas du tout.😅
J'espère que ça ne va pas tourner manga c't'affaire, mais si l'inspiration est de jeux vidéo, une dans le style métal gear solid ou l'autre qui a eu plus de succès et dont je ne me souviens plus le nom pourquoi pas?😉
Portrait de Sebastien Carré
C'était un personnage du MMO City of Heroes