đ’Șđ“‡đ“…đ’œđ‘’Ìđ‘’ & 𝐾𝓊𝓇𝓎đ’čđ’Ÿđ’žđ‘’ | 404factory

đ’Șđ“‡đ“…đ’œđ‘’Ìđ‘’ & 𝐾𝓊𝓇𝓎đ’čđ’Ÿđ’žđ‘’

          La douce mĂ©lodie d'une Lyre perça le silence qui rĂ©gnait au cƓur de la forĂȘt. Jouant un air indescriptible, dix petits doigts glissaient telle une plume sur les cordes de l'instrument en bois. Un jeune garçon portant le nom d'OrphĂ©e reçut ce cadeau d'Apollon, Dieu des arts. À ses cĂŽtĂ©s, neuf femmes le guidaient. Calliope, mĂšre de l'enfant lui apprenant la poĂ©sie Ă©pique. Clio faisait voyager l'esprit d'OrphĂ©e par ces histoires. Érato par ses poĂ©sies lyriques et Ă©rotiques lui apprenait Ă  s'Ă©panouir et Ă  se libĂ©rer. Euterpe, grande musicienne, lui apprenait Ă  manipuler l'instrument. MelpomĂšne possĂ©dant l'une des plus belles voix s'accordait avec le garçon pour former un concert envoĂ»tant. Polymnie enseignait au jeune homme Ă  maĂźtriser son Ă©loquence. Terpsichore, passait ses journĂ©es Ă  faire danser OrphĂ©e. Thalie, contrairement Ă  sa sƓur MelpomĂšne qui lui fit Ă©tudier la tragĂ©die, lui faisant dĂ©couvrir la comĂ©die. Uranie lui apprenait Ă  observer les astres, leur origine et leur Ă©volution. Les Neuf sƓurs, nommĂ©es aussi les Muses Ă©taient toutes prĂ©sentes pour s'occuper du fils de Calliope et d'ƒagrĂ©, roi de Thrace.

         Quand l’enfant se lançait dans une nouvelle mĂ©lodie, les rayons du soleil transperçaient les nuages pour Ă©couter sa poĂ©sie. Les animaux s’aventuraient prĂšs du jeune garçon sans crainte. Les oreilles tendues en avant, Ă©coutant fiĂšrement les pincements des doigts d'OrphĂ©e sur les fines cordes de la lyre.

         La brise se mĂȘlait Ă  la voix du garçon pour la porter Ă  travers la forĂȘt. Habituellement mouvementĂ©s, les bois devenaient paisibles aux chants d’OrphĂ©e. Seul le son de ses douces mĂ©lodies avait le pouvoir d’apaiser les ĂȘtres qui y rĂ©sidaient.

         PerchĂ© sur l’un des arbres, cachĂ© du regard des muses et d’OrphĂ©e, une petite fille Ă©coutait la mĂ©lodie de la lyre. Son regard posĂ© sur le ciel, son corps allongĂ© sur une branche Ă©paisse. Ses cheveux rouges ondulĂ©s, se fondaient dans les feuilles multicolores de la saison automnale. Les battements d'ailes des papillons avaient ralenti comme si le temps Ă©tait retenu en suspens. Dans le silence le plus total, les animaux s’enivraient de ce spectacle qu’offrait le fils prodigue. Il Ă©tait dĂ©vouĂ© Ă  sa musique, Ă  ses rĂ©cits et Ă  son public.

         Ivy, l’enfant, buvait ses paroles en fermant les yeux. Sa musique accompagnait ses rĂȘves. Son chant apaisait son Ăąme et dĂ©tendait son corps. Pendant des jours, elle venait Ă©couter OrphĂ©e. Sa poĂ©sie la faisait voyager, vivre, oublier. Ce monde qui Ă©tait si cruel paraissait plus chaleureux en sa prĂ©sence. Par sa musique, il avait le pouvoir d’apaiser les bĂȘtes les plus fĂ©roces, de donner de l’espoir aux familles dĂ©chirĂ©es par les tueries. Ils Ă©taient plusieurs musiciens Ă  le jalouser, n’approuvant pas qu’un enfant puisse les surpasser. Des pamphlets avaient Ă©tĂ© rĂ©digĂ©s envers lui, contestant son talent. Un enfant issu de divinitĂ© ne devrait pas se confronter Ă  des humains. Les muses avaient souhaitĂ© qu’OrphĂ©e rĂ©dige un chant lyrique pour rĂ©pondre aux sornettes des humains, mais il s’y Ă©tait refusĂ©. La seule chose qu’il souhaitait, Ă©tait d’ĂȘtre Ă©coutĂ©e. Il comprenait le mĂ©pris que vouaient certains humains Ă  son Ă©gard, mais rĂ©pliquer signifiait se rabaisser Ă  leur niveau, ce qui Ă©tait contradictoire avec sa façon de penser.

         Quand l’heure Ă©tait venue pour les Muses de le quitter, OrphĂ©e installa deux nouvelles cordes Ă  sa lyre. Ainsi, au nombre de neuf, les Muses resteraient Ă  jamais Ă  ses cĂŽtĂ©s. AprĂšs cinq ans passĂ©s Ă  lui offrir les connaissances de leurs arts respectifs, les sƓurs devaient le laisser exercer sa passion librement et sans contrainte. Maintenant, il Ă©tait le seul maĂźtre de ses poĂ©sies et de son destin.

         Comme OrphĂ©e, Ivy Ă©tait devenue une belle adolescente. Bien que les yeux du jeune homme ne se soient jamais posĂ©s sur elle, la jeune fille assistait Ă  toutes ses reprĂ©sentations. La foule l’acclamait, chantant ses louanges. Les peintres faisaient glisser leurs pinceaux sur les toiles vierges, reprĂ©sentant OrphĂ©e dans toute sa splendeur. Les femmes charmĂ©es par la poĂ©sie d’OrphĂ©e s’arrachaient les tableaux, payant une fortune pour avoir un portaient de lui accrochĂ© Ă  leurs murs. MalgrĂ© cet engouement pour  ses rĂ©cits, son auditoire commençait lentement Ă  se dĂ©faire, Ă  se diviser, Ă  disparaĂźtre. OrphĂ©e, n’avait plus rien Ă  raconter. Ces histoires tournant autour des Muses et du Roi de Thrace avaient fini par lasser les habitants.

         Lors de sa derniĂšre reprĂ©sentation, il rencontra Jason, fils d’Éson roi d’Iolcas. À bord de leur navire, les Argonautes prĂ©voyaient de retrouver la Toison D’Or. Jason demanda Ă  OrphĂ©e de participer Ă  l’expĂ©dition. Avide de dĂ©couvrir le monde, il accepta et prit le poste de chef de nage. Avec son aide, il donnerait par son chant la cadence aux coups de rames des autres hĂ©ros.

         Ivy n’arrivant pas Ă  entrer dans l’équipage fut obligĂ© de rester sur le port lors de son dĂ©part. Elle regardait l’Argo s’éloigner ne connaissant pas la durĂ©e du voyage. Elle ne savait pas combien de temps elle allait l’attendre, mais elle le ferait Ă©ternellement s’il le fallait.

         Les minutes dĂ©filĂšrent, les saisons s’enchaĂźnĂšrent, les annĂ©es s’écoulĂšrent. Au bout de six longues annĂ©es, au retour de l'hiver, la forĂȘt avait retrouvĂ© ses habitudes d’antan. La douce mĂ©lodie de la lyre s’étant arrĂȘtĂ©e, les animaux rĂ©gnaient de nouveau dans le bois. Les loups, Ă  la recherche d’un festin se prĂȘtaient au jeu du chat et de la souris. La neige recouvrant le sol terreux, la plupart des bĂȘtes se cachaient ou hibernaient en attendant que la saison du froid passe.

         Les Dryades s’étaient accaparĂ© la forĂȘt, mais il Ă©tait trĂšs rare de les apercevoir. En attendant le retour d’OrphĂ©e, Ivy avait fait la connaissance d’Eurydice, une divinitĂ© de la nature. Elle Ă©tait la seule Dryade Ă  jalonner les bois Ă  la recherche d’un bouquet de fleurs Ă  assembler bien que la plupart des plantes soient gelĂ©es. En voyant sa dĂ©tresse, Ivy ne put s’empĂȘcher de l’aider. Comme elle, Ivy Ă©tait maintenant une femme. Son teint pĂąle pouvait se confondre avec la couleur de la neige. Ses grands yeux verts parcouraient fiĂšrement le sol voulant dĂ©couvrir en premiĂšre ces mystĂ©rieuses fleure d’hiver. Avaient-elles quelque chose de spĂ©cial ? Elle l’ignorait. Cet Ă©lan de gĂ©nĂ©rositĂ© n’était pas dans sa nature, mais depuis six longues annĂ©es, elle s’ennuyait.  Depuis le dĂ©part d’OrphĂ©e, les festivitĂ©s avaient cessĂ© et les hommes Ă©taient redevenus cruels et sans pitiĂ©. La forĂȘt Ă©tait la seule parcelle de terre encore reposante Ă  ses yeux. Les Nymphes erraient paisiblement Ă  l’intĂ©rieur des bois, ne se cachant mĂȘme pas en sa prĂ©sence. Elles faisaient comme si elle-mĂȘme, faisait partie de leur monde. Pour une fois, elle pouvait s’identifier Ă  quelque chose. D’aussi loin qu’elle pouvait se rappeler, elle n’avait jamais connu ses parents. Du moins, elle ne s’en souvenait pas.

         Elle rassembla entre ses doigts glacĂ©s un petit bouquet de DaphnĂ©. La neige sur les pĂ©tales des fleurs se transformait en goutte d’eau, blessant sa peau en tombant sur ses mains gelĂ©es. À sa mine, elle ne pouvait pas le nier. Elle dĂ©testait l’hiver. S’approchant d’Eurydice, elle les lui tendit. La jeune Dryade remercia Ivy et sautilla en direction du village, chantonnant un air qui lui Ă©tait inconnu. Curieuse, Ivy se lança Ă  sa poursuite.

         ArrivĂ©e Ă  l’entrĂ©e du village, elle remarqua l’absence des habitants. Les rues Ă©taient dĂ©sertes, comme si un ouragan avait dĂ©truit toute la civilisation mais pas les habitations. Ce qui Ă©tait trĂšs Ă©trange. Elle se dirigea instinctivement vers le port, lĂ  oĂč la mer devenait dangereuse en cette saison. Les vagues s’abattaient violemment sur les rochers. Le claquement de l’eau Ă©tait assourdissant. Sur les ponts d’embarcations, Ă©taient rassemblĂ©s des centaines d’hommes et de femmes. Tous s’exclamaient joyeusement devant un Ă©norme navire. Les yeux d’Ivy grandirent en comprenant qu’il s’agissait de l’Argo. Elle se fraya un passage Ă  travers la foule, espĂ©rant apercevoir le visage d’OrphĂ©e Son voeu se rĂ©alisa quand il fit son apparition le sourire aux lĂšvres. Heureux de retrouver sa terre natale.

         Les jours passants, OrphĂ©e se remit Ă  chanter au cƓur de la forĂȘt pour le plus grand bonheur d’Ivy. PerchĂ© en haut de son arbre, elle fixait l’homme qu’il Ă©tait devenu. Sa lyre Ă  neuf cordes avait repris ses droits dans le bois. Comme quand ils Ă©taient enfants, les animaux retrouvĂšrent leur ancienne place. Elle n’avait que faire du vent glacial qui lui rougissait les joues. Ce moment, elle l’attendait depuis des annĂ©es. Le chaos pouvait se dĂ©chaĂźner sur terre, qu’elle ne le quitterait pas des yeux.

         Ses chants parlaient de son expĂ©dition. Comment il avait vaincu la mer en se frayant un passage avec le navire Ă  travers les rochers qui menaçaient de briser l’Argo. Comment il encourageait les rameurs durant les longues journĂ©es de navigation. Comment il avait charmĂ© le terrible serpent qui gardait la Toison D’Or. Comment il terrassa les sirĂšnes par la puissance et la beautĂ© de son chant. Son voyage jusqu’en Egypte avait Ă©tĂ© Ă©prouvant et long. Sans l'ombre d’un doute, Ivy Ă©tait certaine que ces nouvelles poĂ©sies allaient lui faire retrouver sa gloire d’antan. Avec ces nouvelles histoires, il allait rester un moment, Ă  son plus grand plaisir. Avant de faire dĂ©couvrir ses nouvelles chansons aux humains, il rĂ©pĂ©tait souvent dans la forĂȘt, lĂ  oĂč elle pouvait l’écouter encore et encore. Elle, qui Ă©tait pour lui une parfaite inconnue, Ă  son triste dĂ©sespoir.

         En repartant des bois, OrphĂ©e emportait avec lui un daphnĂ© qui lui Ă©tait dĂ©posĂ© chaque jour sur la pierre, oĂč il usait de ses talents de musicien. Eurydice Ă©tait beaucoup moins discrĂšte qu’elle. Passant son temps Ă  s’assoir Ă  ses cĂŽtĂ©s, comme un animal en manque d’affection, ce qui insupportait Ivy.

         Le printemps arrivant, la saison des pluies dĂ©buta. OrphĂ©e se prĂ©senta de moins en moins, jusqu’au jour oĂč il ne se rendit mĂȘme plus dans la forĂȘt. IntriguĂ©e par ce comportement Ă©trange, Ivy emprunta le chemin pour se rendre au village. Elle se dirigea vers les chanteurs qui mendiaient dans les rues en essayant de comprendre leurs sĂ©rĂ©nades. Ce qui n’était pas chose facile. En demandant oĂč pouvait bien se trouver OrphĂ©e, ils chantĂšrent en choeur que l’amour avait frappĂ© Ă  sa porte et que les noces allaient ĂȘtre festives. Se demandant s’ils dĂ©liraient, elle rebroussa chemin et entra sur la petite place poussiĂ©reuse. Elle se faufilait Ă  travers les habitants essayant d’écouter leurs conversations. Quelquefois, ils se retournĂšrent vers elle, se demandant ce qu’elle faisait. Croyaient-ils qu’elle Ă©tait lĂ  pour les dĂ©trousser ? Elle n’avait qu’une hĂąte, retrouver sa forĂȘt, mais elle devait absolument comprendre.

         En tombant sur une conversation entre deux femmes, elle comprit enfin la raison de toute cette agitation. OrphĂ©e, le poĂšte, musicien et prophĂšte a demandĂ© en Ă©pousailles la Dryade Eurydice, dĂ©esse de la forĂȘt. Contrairement aux gens du peuple, cette nouvelle ne l’enchantait guĂšre. Ses yeux remplis de larmes, elle courut se rĂ©fugier sur son trĂŽne de dĂ©sespoir ; l’arbre oĂč elle admirait autrefois le charmant garçon. Ses cheveux rouges collant Ă  ses joues humides commençaient Ă  la gratter. Elle laissa glisser sa main sur sa peau et en retira les mĂšches. Elle s’assit sur la branche et inspira en regardant le ciel. Le soleil disparaissait Ă  l’horizon, ne laissant plus que la lumiĂšre des Ă©toiles pour la rĂ©conforter.

         Elle qui l’avait tant admirĂ©, tant aimĂ©, tant dĂ©sirĂ©. Ce demi-dieu qui l'avait fait voyager Ă  travers ses chants, sa poĂ©sie. Ce mĂȘme homme lui avait brisĂ© le cƓur. Pourtant, elle ne pouvait s’en vouloir qu’à elle-mĂȘme. Jamais elle n’avait eu le courage de lui faire face, de lui parler. En comprenant que son bouquet de daphnĂ© avait servi Ă  conquĂ©rir OrphĂ©e, elle arracha les feuilles de l’arbre qui commençaient seulement Ă  renaĂźtre. Eurydice s’était servie d’elle. Cette pensĂ©e l’obnubilait. Elle avait attirĂ© directement OrphĂ©e dans les bras de la Nymphe. Se demandant toujours pourquoi elle avait ressenti le besoin de l’aider ce jour-lĂ , elle descendit au pied de l’arbre et s’agenouilla prĂšs de la pierre. LĂ  oĂč elle avait trouvĂ© OrphĂ©e, lĂ  oĂč elle l’avait Ă©coutĂ© pour la premiĂšre et derniĂšre fois.

         Au petit matin, Ivy ouvrit les yeux. Les muscles de son corps engourdis par la position inconfortable dans laquelle elle s’était endormie, la rĂ©veillĂšrent. La douleur fut plus intense quand elle se releva. Parcourut de frisson, elle tituba jusqu’à la sortie de la forĂȘt. Mal en point, elle attendit qu'OrphĂ©e se prĂ©sente sur la place oĂč il faisait rĂ©guliĂšrement entendre sa voix, mais aujourd’hui, il n’y avait aucun signe de sa prĂ©sence. En demandant aux habitants des nouvelles de l’homme, elle apprit qu’il s’était installĂ© dans la ville d’Ismaros pour rĂ©gner sur le peuple des sauvages de Cicones, au sud de Thrace. Les deux amoureux avaient dĂ©cidĂ© d’entamer leur noce le jour suivant. Ivy devait absolument le retrouver avant qu’il ne commette cette erreur. Elle ne pouvait pas laisser OrphĂ©e entre les mains de cette Dryade, plutĂŽt mourir. Par chance, les noces allaient se dĂ©rouler lĂ  oĂč OrphĂ©e et Eurydice s’étaient rencontrĂ©s pour la premiĂšre fois: au centre mĂȘme de la forĂȘt.

         PerchĂ©e sur le haut de son arbre, elle patienta des heures, son cƓur lourd de haine. Elle voulait ĂȘtre prĂ©sente sur les lieux avant le couple. Elle souhaitait ĂȘtre la premiĂšre et la derniĂšre Ă  voir Eurydice. Elle ne savait pas encore comment s’y prendre, mais elle comptait bien la faire fuir le plus loin d’OrphĂ©e. Ses yeux peinaient Ă  rester grands ouverts, le manque de sommeil commençait peu Ă  peu Ă  l’atteindre. Ses nerfs Ă©taient Ă  vif. Ses cheveux Ă©bouriffĂ©s s’attachaient dans les fines branches de l’arbre. Son corps Ă©tait au rendez-vous, mais son Ăąme s’en Ă©tait Ă©chappĂ©e. Son regard vide perçait Ă  l'affut les bois, cherchant Eurydice Ă  travers les chĂȘnes. Elle s’attarda sur un bruissement Ă©trange derriĂšre elle.

         Ses yeux verts se posĂšrent sur le serpent qui montait le long de son arbre. Ses dents longues sortant de sa bouche comme celles d’un sanglier. Les rayons du soleil faisaient briller les Ă©cailles de l’animal. Il n’y avait aucun doute, il s’agissait d’un Aspic. Il suffisait d’une seule morsure pour que son venin se dĂ©verse dans le sang de sa proie et la terrasse. D’un geste vif, elle poussa le serpent qui tomba plus bas, dans un tas de feuilles sĂšches.

         Des cris retentirent Ă  travers les arbres. La voix fĂ©minine s’approchait de plus en plus d’Ivy. Ne comprenant pas d’oĂč cela pouvait provenir, elle se redressa. Ses yeux roulĂšrent sur chaque parcelle qui lui Ă©tait permise de voir. Quand son regard tomba sur Eurydice, Ivy fondit sur la branche pour se cacher. La Dryade en sueur semblait affolĂ©e.  Des gouttes d’eau ruisselaient sur son front, lui obligeant Ă  les retirer avec ses doigts avant qu’elles n’atteignent ses yeux dĂ©jĂ  bien rouges, causĂ© par les larmes chaudes qui s'en Ă©chappaient. La femme Ă©tait dans un Ă©tat de panique hors du commun, comme si elle cherchait Ă  fuir quelque chose, ou quelqu’un.

         En passant sous l’arbre, Eurydice poussa un cri qui dĂ©chira les tympans d’Ivy. Le serpent rampa Ă  travers les feuilles et sortit, fuyant la Dryade qui venait de l’écraser. La Nymphe s’agenouilla tenant fermement son pied entre ses doigts. Se tordant de douleur, elle s’écroula au sol jusqu’à ce que son dernier souffle sorte de sa bouche entrouverte.

         Ivy n’eut pas le temps d’aider la jeune Eurydice. Le temps Ă©tait suspendu, perdu, ne sachant que faire, elle n’osa plus bouger. Son cƓur battant la chamade vibrait jusqu’à ses oreilles. Dans ce silence mortuaire, c’était la seule chose qu’elle arrivait encore Ă  entendre. Elle se sentait mal, dĂ©munie, effrayĂ©e.

         Son corps se raidit quand un homme arriva au cĂŽtĂ© de la Dryade. Ivy reconnut AristĂ©e, un dieu champĂȘtre et se demanda si AristĂ©e Ă©tait la personne qu'Eurydice fuyait. Puis OrphĂ©e apparut derriĂšre le tronc d’un arbre. Son regard si pĂ©tillant, si chaleureux, si jovial avait perdu de sa superbe en voyant son amour allongĂ© sur le sol. Le dĂ©sespoir l’enveloppa et le fit tomber genou Ă  terre devant sa bien-aimĂ©e. En examinant Eurydice, blanche comme un lys, il comprit que le dieu de la mort avait fait son Ɠuvre. OrphĂ©e laissa son chagrin exploser en tenant fermement Eurydice entre ses bras. Le pauvre demi-dieu Ă©tait inconsolable. Parlant Ă  sa dĂ©funte Ă©pouse, il lui promit de se rendre Ă  TĂ©nare, en Laconie. LĂ  oĂč l’entrĂ©e des Enfers se trouvait.

         Suivant OrphĂ©e dans son voyage, elle attendit auprĂšs de la grotte, lĂ  oĂč campait le passeur Charon. Le Styx Ă©tait un fleuve oĂč les Ăąmes errantes vivaient. D’aprĂšs les contes, Charon ne laissait que rarement passer les mortels encore vivants, sauf s’ils payaient. N’ayant rien Ă  offrir, sachant qu’elle ne pourrait accĂ©der aux Enfers, Ivy dĂ©cida d’attendre le retour d’OrphĂ©e. Le jeune homme Ă©tait plein de ressource, pour elle, il n’y avait aucun doute, il allait rĂ©ussir.

         Portant sa Lyre avec lui, son chant percerait la carapace des monstres qui rĂ©sidaient aux Enfers. Le premier Ă©tait Charon, ensuite, OrphĂ©e devrait se confronter Ă  CerbĂšre, le chien Ă  trois tĂȘtes protĂ©geant l’entrĂ©e des Enfers.  Il devrait ensuite se confronter aux Trois juges des Morts pour accĂ©der Ă  HadĂšs et PersĂ©phone, roi et reine des Enfers.

         Ivy, toujours devant l’entrĂ©e de la grotte attendait patiemment le charmant jeune homme. Pleine de remords pour avoir tuĂ© involontairement Eurydice, elle souhaitait se faire pardonner. La journĂ©e entiĂšre dĂ©fila. Le soleil se levant, il Ă©claira l’entrĂ©e de la caverne. Les fins rayons qui traversaient la pĂ©nombre faisaient briller le fond de l’antre. La chose semblait mouvante, s’approchant de plus en plus de la sortie. PĂ©trifiĂ©e, Ivy n’osa plus bouger.  Le moindre mouvement pouvait sceller son Ăąme Ă  errer dans le Styx pour l’éternitĂ©. Ses mains tremblantes, s’accrochaient Ă  ses vĂȘtements pour arrĂȘter les secousses. PaniquĂ©e, sa respiration s’accĂ©lĂ©ra. Haletante devant l’entrĂ©e de la grotte, fixant l’étoile qui s’approchait dangereusement de son corps elle poussa un cri de surprise quand elle reconnut OrphĂ©e. Son Lyre Ă  la main, lĂ  oĂč les rayons du soleil se reflĂ©taient.

         SoulagĂ©e, elle demanda Ă  OrphĂ©e comment allait Eurydice, ce qui le fit se retourner. Un long hurlement de lamentation sortit de la bouche de l’homme en voyant la Dryade s’évaporer sous ses yeux. Il se prĂ©cipita une nouvelle fois au fond de la caverne, espĂ©rant une nouvelle fois qu’HadĂšs fasse preuve de bontĂ©, mais en vain.

         Les jours passĂšrent et la mort d’Eurydice emporta le bonheur d’OrphĂ©e, il se retira au Mont Rohope. Durant sept mois, il renonça Ă  toutes les femmes Ă  la recherche de la puretĂ© absolue. Ivy, toujours Ă  ses cĂŽtĂ©s, cachĂ©es, Ă©coutait sans discontinuer OrphĂ©e chanter son amour pour feu Eurydice.

         Un soir, chantant pour sa bien-aimĂ©e, les MĂ©nades firent leur apparition Ă  ses cĂŽtĂ©s. EnivrĂ©es de colĂšre d’ĂȘtre dĂ©laissĂ©es et ignorĂ©es par OrphĂ©e, elles le dĂ©chiquetĂšrent. Les morceaux de son corps, rĂ©pandu dans le Thrace, s'Ă©chouĂšrent sur ses terres avant d'ĂȘtre enterrĂ©s par les Muses au pied du mont Olympe.

         Ivy, quant Ă  elle, retourna au cƓur de la forĂȘt, perchĂ©e sur son arbre pleurant la mort d’OrphĂ©e jusqu’à la fin de sa vie avec l'envie de l'avoir Ă  ses cĂŽtĂ©s.





Envie de faire une pause,
ou d’ĂȘtre averti des updates ?

Encourage l’auteur en lui laissant un like ou un commentaire !

Portrait de Anonyme
Portrait de Philippa Chevallier
C'est bien Ă©crit je trouve. Je reste classique avec la bataille de Troie mdr
Portrait de Amyra
La bataille de Troie sera donc pour le Chapitre 3. Je poste un chapitre par semaine (si je n'ai pas de problĂšme entretemps)
Portrait de Helias
Salut!
Intéressant et plaisant à lire. (Mais quelle sale gosse cette Ivy!)

Je me permets de proposer le mythe romain suivant: Romulus et Rémus - La création de Rome.
HĂąte de voir la suite :)
Portrait de Amyra
Comme quoi, les grands esprits se rencontrent, c'Ă©tait la suivante sur ma liste.
Portrait de Amyra
Bonjour !
N'hésitez pas à me dire le nom de vos mythes préférés si vous aimeriez que je les reprennent.