Chapitre 1 | 404factory

Chapitre 1

Assis sur l’autre rive, il observait les hommes qui le fixaient d’un œil torve.

Il sentit un frisson lui parcourir le dos ; pourtant, il ne bougea pas d’un pouce, se contentant de lever le menton d’un air hautain.

L’un des hommes ricana soudain et murmura quelque chose à l’oreille de l’un de ses compagnons. Ce dernier hocha vivement la tête et s’en fut.

Que mijotaient-ils ?

Elmias retint un soupir. La lassitude commençait à le prendre et il sentit des crampes menacer ses jambes. Il les étira donc afin de faire circuler le sang et changea de position. Puis il reporta de nouveau son attention sur les quelques individus qui se tenaient debout de l’autre côté de la rivière.

« Monsieur, il va falloir vous décider. »

Elmias grimaça. Il détestait qu’on lui rappelle son devoir. Il se contenta de lancer un regard menaçant à celui qui venait de parler, mais cela n’eut pas l’effet escompté, puisque ce dernier reprit la parole :

« Vous savez que la Vieille déteste attendre.

- Je lui ai déjà donné ma réponse. »

Son interlocuteur secoua la tête et baissa les épaules. Mais il ne répondit pas et, les bras croisés, il reprit sa posture.

Que les Immortels l’emporte, maugréa Elmias. La Vieille ne m’aura pas.

L’échange qu’il avait eu avec cette femme, que tous considéraient comme l’être le plus sage des Huit Nations, l’avait laissé de marbre. Il refusait de se plier à la volonté des autres.

Néanmoins, il savait qu’il n’avait guère le choix. S’il voulait se débarrasser à jamais de ses cauchemars, il lui faudrait un jour les affronter. Et la Vieille ne lui avait rien caché quant à la méthode à suivre…

Il frémit en y repensant et ferma les yeux, laissant les images nocturnes l’envahir de nouveau.


Il avance le long d’un sentier de montagne. Des cris éclatent autour de lui, semblant provenir de partout et de nulle part à la fois.

« Va-t-en, disent-elles. Tu n’es pas d’ici. Va-t-en. »

Lorsqu’il tourne la tête pour tenter d’apercevoir la source de ces paroles, il ne voit rien d’autre que les plaines immenses que surplombe le col qu’il est en train de gravir. Il commande à ses jambes d’écouter ces voix invisibles et de faire demi-tour, mais elles ne lui obéissent pas, le contraignant à avancer, encore et encore, malgré les obstacles que lui oppose le terrain, fait de rochers tranchants et de gravier glissant.

Bientôt, il le voit. Le Roi qui se dresse sur son trône, ses plumes de jais entourant un visage tout aussi noir, long et fin. Deux petits yeux le transpercent de leur regard, le foudroyant sur place. Il tressaille mais continue d’avancer, poussé par une force invisible, tandis que l’homme fait apparaître autour de lui ses sujets.

« Bienvenue Elmias. Je t’ai enfin trouvé. »

Partout autour de lui, il les sent : les Corbeaux, chassés à jamais de chez eux, le fixent de leurs yeux jaloux. Il ne comprend pas l’origine de leur ressentiment à son égard et se plaque à plat ventre sur le sol, dans un geste de soumission :

« Ayez pitié, dit-il. »

Les Corbeaux rient avec leur Roi. Les ailes de ce dernier se déploient autour de lui, dans une grâce et une majesté rares.

« N’aie crainte, Elmias. Nous devons simplement t’envoyer dans l’Autre Monde. »

 

Il se réveille généralement à ce moment, de la sueur perlant sur son front et le souffle rauque.

Il avait fini par rendre visite à la Vieille Asalis, afin de comprendre les origines de son rêve, poussé par les voix qui le suivaient depuis son enfance. Ce qu’elle lui avait révélé ne l’avait pas réconforté – loin de là.

Et il refusait de mettre en pratique ce qu’elle lui avait recommandé.

« Tu portes en toi un lourd fardeau, Elmias. Tu dois affronter ton cauchemar. Seulement alors, tu seras libéré. »

Un bruit soudain le tira de ses pensées. Relevant la tête, il aperçut le soldat qui était parti quelques instants plus tôt, de retour avec nul autre que la Vieille. Cette dernière se tenait fébrilement sur ses deux jambes, s’appuyant de tout son poids sur une canne en bois noueux. Les rides profondes de son visage témoignaient de son âge avancé, néanmoins son regard scrutateur le fit se sentir tout petit.

« Ce n’est pas en fuyant et en te cachant que tes cauchemars s’en iront, Elmias. »

Il cracha par terre.

« Vous ne savez rien de moi, et pourtant vous me donnez des ordres et envoyez vos guerriers à mes trousses.

- J’en sais bien plus sur toi que tu ne le penses, mon jeune ami. N’oublie jamais que je suis la Vieille – celle qui voit tout.

- Ce sont des conseils que je suis venu trouver en vous consultant, madame, non des menaces.

- Si tu t’es senti menacé, je te prie de bien vouloir me pardonner. Tel n’était pas mon intention. »

Elle fit signe à l’un de ses hommes de l’aider et elle s’assit à même le sol.

« Mais si tu préfères converser avec une rivière qui nous sépare, soit, je n’y vois aucun inconvénient. »

Stupéfait, Elmias envisagea un instant de fuir encore.

« Écoute-la, lui dit une voix dans le creux de son oreille. Ne fuis pas. »

Il résista à la tentation de se retourner pour voir qui lui parlait. Il savait qu’il ne trouverait rien d’autre que du vide.

Il décida de suivre le conseil qu’on venait de lui donner et haussa les épaules, avant de choisir une position plus confortable.

 « Tu entends des voix, Elmias ? »

Confus, le jeune homme sentit ses joues se teinter de rose. Il n’avait osé lui révéler ce secret. Il faisait partie de lui aussi intimement que n’importe quelle portion de son corps et de son être mais ne l’avait jamais dévoilé à qui que ce fût, de peur qu’on le prenne pour un fou. Aujourd’hui ne faisait pas exception mais il ne put cacher son étonnement face à la clairvoyance de la Vieille.

« Ce n’est rien, Asalis.

- Si tu entends des voix, il faut me le dire.

- Ce n’est rien, vous dis-je. »

La Vieille opina doucement du chef, pourtant loin d’être convaincue.

« Les mensonges ne te serviront à rien mais, soit. »

Elle pointa sa canne dans sa direction :

« Comme je te le disais plus tôt, si tu souhaites te débarrasser de tes cauchemars, il te faudra les affronter tôt ou tard. Le Roi Corbeau siège sur le Col du Trifoux, que tu as vu dans tes rêves. Tu dois y aller et le confronter.

- Pourquoi ? Je n’en ai pas la force, vous le savez bien. Aucun Mortel n’en a la force.

- Il te recherche. Il finira bien par te trouver, lui ou les siens. Tu dois être préparé. Va à sa rencontre, plutôt que lui à la tienne.

- Mais pourquoi me recherche-t-il ? Que me veut-il ? »

Un long silence s’étira entre eux. Puis la Vieille Asalis reprit de sa voix chevrotante :

« À ton avis, Elmias ? Réfléchis. Les Corbeaux ont longtemps été les messagers volant de Monde en Monde pour assurer la communication entre les Mortels et les Immortels.

- Mais ils ont été bannis de chez les Immortels.

- Oui, à cause de leur cupidité. Ils volaient des objets précieux appartenant aux Immortels pour les revendre aux Mortels, semant la discorde et la zizanie entre les Huit Nations. Joueurs, ils ont voulu savoir ce que donnerait un Monde en discorde, et ils en ont payé le prix – et les Mortels avec… En les bannissant, les Immortels les ont privés d’une partie d’eux-mêmes : ils ont perdu la moitié de leur âme. S’ils peuvent encore voler, ils ne peuvent plus voyager entre les Mondes. S’ils peuvent encore parler, ils ne peuvent plus communiquer par télépathie… Ils ont perdu leur rôle de messagers, et les Mondes ont perdu tout lien entre eux.

- Vous ne m’apprenez rien : nous avons été punis avec les Corbeaux. Tout le monde est d’accord pour dire que c’est honteux et injuste.

- Les Immortels savent bien mieux que les Mortels comment les choses doivent être, ne l’oublie jamais.

- Vous dites cela parce que vous êtes vous-même une Immortelle, n’est-ce pas ? Vous ne voulez pas perdre de votre autorité... »

La Vieille se rejeta en arrière et explosa de rire :

« Cela aurait été vrai si j’avais conservé mes pouvoirs d’Immortelle ! Mais, crois-le ou non, j’ai renoncé à ces pouvoirs et à mon immortalité en venant vivre ici. Non, les choses sont bien plus complexes que tu ne le croies. »

Il se rendit alors compte qu’elle n’avait toujours pas répondu à sa question initiale. Pourtant, il ne la lui rappela pas et en posa une autre encore, comme s’il craignait la réponse qu’on lui apporterait – et que la Vieille évitait bien soigneusement de lui donner :

« Comment êtes-vous venue dans notre Monde ? »

Une lueur malicieuse brilla dans les yeux de la Vieille Asalis :

« C’est un secret que je ne te dévoilerai pas. »

Elle darda sa canne dans sa direction, dans un geste qui se voulait sans doute menaçant :

« Mais ne change pas de sujet, mon jeune ami ! Tu crois que les Immortels ont puni les Mortels en chassant les corbeaux, mais c’est faux. Car les Corbeaux ont semé le trouble parmi les Huit Nations, souviens-t-en ; c’est la raison précise pour laquelle ils ont été bannis. Aujourd’hui, les Immortels cherchent un remplaçant, pour que la communication reprenne entre les deux Mondes. Nous ne devons pas rompre cette continuité.

- Pourquoi ? Nous vivons sans message de la part des Immortels depuis des décennies, à présent, sans rencontrer de difficultés.

- Le crois-tu vraiment ? »

Les yeux de la Vieille l’observaient d’un air amusé, même si ses traits ne manifestaient aucune émotion positive.

« Les lacs des montagnes débordent, les feux souterrains grondent. Les deux Mondes ne sont plus liés et cela menace leur doux équilibre. Tu n’as pas connu l’ancien temps, aussi il te semble normal que de la neige tombe en été et que des forêts brûlent en hiver mais, je puis te l’assurer, cela ne l’est pas. J’ai été envoyée ici il y a fort longtemps pour veiller à ce que le nouveau messager, lorsqu’il serait trouvé, accepterait sa mission. C’est d’une importance cruciale. »

À ces mots, une évidence sauta aux yeux d’Elmias. Cet intérêt que lui portait la Vieille avait-il une explication ? Ses cauchemars prenaient-ils soudain tout leur sens ?

Il ne put s’empêcher d’en frissonner de peur, incertain de vouloir endosser ce nouveau rôle.

Il demanda enfin, la voix tremblante :

« Pensez-vous que je puisse être ce nouveau messager ? Est-ce la raison pour laquelle le Roi Corbeau me recherche ? »

Il s’en voulut aussitôt de poser ces questions et se sentit honteux : bien sûr qu’il ne pouvait être ce nouveau messager. C’était une idée complètement idiote.

Néanmoins, son interlocutrice eut un large sourire triomphant alors que ses guerriers restaient impassibles, ne bougeant pas d’un pouce.

Elle reprit un air sérieux au bout de quelques minutes et se pencha en avant. Elmias dut tendre l’oreille pour l’entendre car les flots entre eux se mirent soudain à gronder, comme excités par l’échange en cours sur leur bord :

« N’es-tu pas le descendant des Immortels ? N’entends-tu pas des voix ? »

Il écarquilla les yeux, la vérité le frappant comme un coup de poing au cœur.

Non, se dit-il. Cela ne peut être vrai.

Il chercha une échappatoire, mais il savait qu’il ne pourrait fuir éternellement.

« Comment pourrais-je être le descendant d’un Immortel ?

- Mes articulations se fatiguent, grimaça soudain la Vieille. Allons chez moi, où nous pourrons discuter au chaud. Près de la rivière, mon arthrite se réveille. »

Il hésita, incertain de vouloir retourner dans la masure à moitié écroulée que la Vieille Asalis considérait comme sa maison – et, surtout, incertain de vouloir en apprendre davantage. Néanmoins la curiosité prit le pas sur l’inquiétude.

Tandis qu’il se redressait, Asalis en fit de même, à moitié chancelante. Les guerriers l’aidèrent aussitôt et elle recouvrit bientôt son équilibre. Elmias la considéra d’un air critique : elle n’avait en effet plus rien d’une Immortelle. La mort la guettait aussi sûrement que n’importe quel autre Mortel. Était-ce parce qu’elle vivait désormais dans leur Monde ?

Il longea la rivière jusqu’au petit pont qu’il avait traversé en sens inverse quelques heures plus tôt, puis s’engagea sur le sentier qui courait à travers les fourrés, montant en pente douce jusqu’à la masure de la Vieille.

Cette dernière l’avait précédée et elle l’accueillit avec un sourire à moitié édenté. Il sentit un frisson le parcourir alors qu’il croisait les yeux autoritaires de cette femme.

Il pénétra la chaumière et s’assit à même le sol, tandis qu’Asalis prenait place sur un futon de paille. Puis ils reprirent leur conversation comme si de rien n’était :

« Les Immortels et les Mortels, jadis, vivaient ensemble, car les Mondes n’étaient pas séparés. À cette époque, quelques couples se sont formés. De ces unions, sont nés des êtres ni tout à fait Immortels, ni tout à fait Mortels. Des êtres pourvus de certains des pouvoirs des Immortels, vivant plus longtemps que les Mortels mais vieillissant aussi bien que ces derniers, jusqu’à ce que la mort les rattrape.

- Les magiciens, chuchota Elmias. Je connais cette histoire.

- Ainsi tu sais comment tu peux être le descendant d’un Immortel.

- Je croyais que ce n’était qu’une légende. »

La Vieille secoua la tête.

« Non, cela n’a rien d’une légende. »

Elle le fixa de nouveau de ses yeux turquoise qui le rendaient si peu confiant.

« Pourquoi le Monde a-t-il été morcelé ?

- Les Immortels et les Mortels ne pouvaient plus vivre ensemble. Ils étaient à la fois si semblables et si différents ! La jalousie leur rongeait le cœur et leur survie était menacée. Ils ont donc choisi de se retirer dans deux Mondes différents et, grâce à leurs immenses pouvoirs, les Immortels ont brisé le Monde en deux. Mais cela n’a pas provoqué l’apparition de deux Mondes distincts, car de nombreux Mondes rebuts sont apparus. Les Immortels avaient alors choisi les Corbeaux pour voyager de Monde en Monde, portant le rôle de messagers, car ces derniers étaient droits et désireux d’aider… jusqu’à ce que le pouvoir leur monte à la tête. »

Elmias pensa à ce qu’elle venait de lui apprendre. Il ferma les yeux, tentant d’imaginer ce que pouvait être un Monde uni. N’y parvenant pas, il finit par secouer la tête et se concentra de nouveau sur la raison de sa visite.

« Et donc, je serais le nouveau messager ? »

La Vieille acquiesça et il sentit un étau compresser son cœur.

« Les années ont passé et la rancœur des Corbeaux envers les Immortels s’est accrue. Ils réclament vengeance. Ils sont prêts à faire la guerre. Ils sont prêts à tuer le nouveau messager. Ils ne veulent pas que quiconque prenne leur place.

- C’est ridicule ! explosa Elmias. C’est eux, les premiers, qui ont fauté ! »

Le sol se mit à trembler et la vaisselle disposée sur les étagères s’entrechoqua.

Les mains crispées sur ses genoux, Elmias tentait de se calmer mais la peur était trop forte.

Pourquoi moi ? se demanda-t-il. Elle doit se tromper, cela ne peut être vrai ! Je ne suis pas assez fort pour être le nouveau messager des Immortels.

« Je ne peux même pas traverser les Mondes, maugréa-t-il.

- À quoi cela te servirait-il, puisque tu peux communiquer avec les Immortels malgré tout ? »

Elle soupira.

« Je sais quel fardeau cela peut être pour tes épaules, mais il va falloir te montrer fort, Elmias.

- Justement ! éructa-t-il. Je ne le suis pas !

- Ça, c’est ce que tu crois. Mais les Immortels ne t’ont pas choisi par hasard. »

Les tremblements se calmèrent, sans disparaître tout à fait.

« Que t’ont-ils dit ? »

Il détourna la tête. Il n’avait jamais osé en parler, de peur qu’on le prenne pour un fou. Au début, il avait eu des difficultés à faire la différence entre les paroles qu’il entendait et ses propres pensées. Il avait cru que ces voix provenaient de son subconscient mais, petit à petit, il avait écarté cette hypothèse, et commencé à converser avec elles. Il n’avait jamais vraiment compris d’où elles venaient, mais elles étaient de très bon conseil et elles lui avaient appris, plus sérieusement que n’importe quel autre professeur, comment maîtriser ses pouvoirs et empêcher ses émotions de prendre le dessus. Il n’arrivait pas encore à systématiquement mettre la théorie en pratique mais, globalement, il se maîtrisait à présent plutôt bien. Il n’avait jamais désiré devenir magicien et avait donc caché ses pouvoirs à ses proches, ne voulant pas qu’on l’envoie dans la Tour des magiciens, où il aurait dû passer des années enfermé dans le cadre de son apprentissage. Il n’avait pas voulu d’une telle vie et, grâce aux voix, il avait pu y échapper.

Comme il avait pu échapper à bien d’autres tourments. Il se souvenait notamment d’un évènement qui avait eu lieu plusieurs années plus tôt, alors qu’il était en train de déterrer des pommes de terre de son jardin. Les voix l’avaient prévenu d’une attaque imminente de son village par des bandits de grand chemin. À l’aide de leurs conseils, il avait pu alerter ses voisins et avait supervisé la mise en place des défenses. Leur village avait ainsi été épargné d’un carnage qui, sinon, aurait dévasté leurs plantations et les aurait ruinés.

Pourtant, ces derniers temps, ces voix qui s’étaient montrées si gentilles et patientes envers lui étaient soudainement devenues pressantes.

« Un grand danger te guette, lui disaient-elles. »

Cela avait eu lieu à peu près en même temps que les cauchemars avaient commencé à l’assaillir. Elles lui avaient finalement conseillé d’aller voir la Vieille Asalis, qui lui expliquerait tout…

Voilà comment il s’était retrouvé là.

« Que je devais vous trouver, répondit-il. Que vous me diriez que faire pour faire cesser ces cauchemars. »

Elle sourit.

« Alors, maintenant, tu le sais.

- Oui, soupira-t-il. Et cela ne me réconforte pas vraiment. »

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