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Nouvelle

À mon grand père ❤


C'était un temps d'été, Edith était assise sur le rebord de sa fenêtre par laquelle elle regardait la mer venir et repartir. Dans sa maison littorale c'était tout le temps la même chose ; la petite fille s'ennuyait. Seule, sans personne elle restait dans sa chambre et s'imaginait toutes sortes d'histoires et de personnages avec qui elle discutait de la vie extérieure. Certaines discutions menaient à lui dire que la vie derrière la maison était extraordinaire alors que d'autres la prévenaient d'un très grand danger. Elle n'avait que cinq ans mais elle rêvait déjà de belles choses. Chaque soir, en secret, elle se levait et regardait par la fenêtre le reflet de la lune sur l'eau. Elle n'avait jamais vu quelque chose d'aussi beau de toute sa vie. Le jour de ses huit ans, on l'autorisa à quitter la maison et à se balader, mais pas trop près de la mer. Toute heureuse elle partit à toute vitesse de la maison sans même ouvrir les cadeaux qu'on lui offrait. Sa mère sourit d'amusement et retourna à ses activités. On ne revit pas Edith de toute la journée. Elle était bien trop occupée à découvrir le monde extérieur et les secrets de la nature. Quand elle rentra le soir elle s'assit à table et énuméra toutes ces découvertes. Elle racontait ça avec des étoiles dans les yeux et un grand sourire aux lèvres. Sa mère rit et son père fit de même. 

Deux ans plus tard, alors qu'Edith allait se coucher elle regarda une dernière fois par la fenêtre et demanda : 

- Maman, est-ce que je pourrai aller près de l'eau demain ?

- Oui ma chérie mais il faudra que tu fasses très attention. La mer monte vite et les vagues sont si puissantes qu'elles pourraient t'emporter très loin.

- Je ferai attention, promis !

En disant cela elle tendit son petit doit vers sa mère qui lui tendit le sien. Elles les croisèrent et se dirent bonne nuit. Édith s'enfonça dans sa couette et s'endormie.

Le lendemain c'est en courant qu'elle descendit les escaliers. Elle avala sont petit déjeuner en quatrième vitesse et partit vers la mer, son manteau à la main. 

Ses cheveux se soulevaient au rythme du vent et elle respirait un air si pur qu'elle aurait voulu y rester toute sa vie. Elle ferma les yeux et écouta tous les bruits qu'elle pouvait entendre. Le vent, les vagues, les rires, tout était parfait. Ce jour là n'était pas le plus beau jour d'été, loin de là. Le ciel était gris chargés d'eau et l'air était frais. Seuls les plus courageux étaient sur la plage en train de se promener. Mais plus loin, là où les hauts rochers se mêlent à l'horizon, une jeune femme était assise au point le plus élevé. Elle était assise les genoux ramener contre son corps, le regard perdu loin devant. Sans vraiment savoir pourquoi, Édith se dirigea vers les énormes pierres. Elle les gravit et vint s'assoir près de l'étrange personnage.

- Euh... Salut ! commença-t-elle un peu gênée.

- Bonjour, répondit la femme le regard toujours loin. Comment t'appelles tu ?

- Édith. Et toi ?

À l'entente du prénom la jeune femme tourna la tête et regarda Édith de haut en bas.

- Édith, répéta-t-elle, c'est un prénom magnifique. Moi c'est Phélie.

- C'est jolie aussi. Que fais-tu ici ?

- Je vis ici. Et toi ?

- Moi aussi. J'aime beaucoup cet endroit. Ce qui est pratique c'est que l'on est tout le temps en vacances.

- C'est vrai, je n'avais jamais pensé à ça.

Édith sourit à pleine dents et regarda loin devant elle ; comme Phélie. Elles restèrent ainsi quelques instants puis la plus jeune demanda :

- Que regardes-tu comme ça ? J'ai regardé moi aussi mais je ne vois rien de spécial.

- Tu te trompes bien ma petite Édith. Un jour, tu comprendras et ce jour là, tu m'aimeras.

- Et si je t'aime déjà ?

- Tu ne me connais pas. Comment sais tu que je ne suis pas dangereuse ?

- Je le vois et je le sens, c'est tout. Quand mon regard croise le tien j'ai l'impression de le connaître et je sais que ce n'est pas celui d'une personne mauvaise.

- Tu es bien gentille. La plupart des gens n'ose pas me parler car ils ne me connaissent pas.

- Je ne sais pas si je me trompe mais ma mère m'a toujours dit que les enfants différenciaient plus facilement les cœurs bons des mauvais.

- Tu as sans doute raison.

Les heures passèrent et les deux femmes ne bougeaient plus. Elles regardaient encore et toujours le même point. L'une comprenant pourquoi, l'autre essayant. En haut du rocher l'air était plus frais qu'au sol mais cela ne dérangeait pas Édith qui, habillée de son manteau, était bien trop occuper à comprendre ce que regardait Phélie. Soudain l'air devint plus froid et elle frissonna. Elle se rendit ainsi compte que la nuit n'allait pas tarder à tomber et qu'elle devait rentrer. Malgré tout, elle resta encore un peu, seulement le temps de revoir cette chose qui semblait si importante.

- Je ne vois toujours pas ce que tu regardes.

- Je n'ai pas besoin de le voir pour s'avoir qu'il est là.

- Alors tu regardes quelque chose qui n'est pas vraiment là ?

- Tu n'as pas encore compris Edith. Reviens demain et on verra.

- Promis.

Sur ces mot la petite fille descendit et rentra chez elle. A peine avait elle franchit la porte qu'on lui sauta dessus. Ses doigts légèrement gelés lui faisaient mal et ses oreilles étaient rouges. Ses joues, mordue par le froid, pellaient et son nez piquait. Elle n'avait pas voulu se l'avouer mais la vérité c'est que toute la journée, du haut du rocher, elle avait eu froid. Son père lui saisit le bras et l'emmena dans le salon. Sa mère l'attendait assise dans un fauteuil les bras croisés.

- Où étais tu ? Tu as vu l'heure ? questionna son père.

- On s'est fait un sang d'encre pour toi, continua sa mère.

- J'étais simplement dehors, sur les rochers.

- Tu étais seule ?

- Euh... Oui, dit-elle en mentant car Phélie lui avait demandé de ne parler d'elle à personne.

- N'y retourne pas c'est dangereux ! intervint l'homme.

- Mais j'y étais bien et je faisais attention !

- Je m'en fiche. Tu ne rentres pas à l'heure tu vas aux endroits dangereux et tu me réponds. Monte dans ta chambre, et demain tu ne sortiras pas.

En colère Édith alla se réfugier dans sa chambre. Une demi-heure passa et une bonne odeur vint caresser ses narines. Son ventre gargouilla et elle s'allongea sur son lit. Quelques minutes après elle alla fermer sa porte à clé et prit dans une cachette qu'elle avait elle même fabriquée de quoi manger. Et c'est comme cela qu'elle se nourrit ce soir là. Le lendemain elle n'était pas sorti car elle en avait été interdite. Puis le surlendemain elle s'en alla heureuse de retrouver Phélie. Elle couru jusqu'au pied de la '' montagne '' et y grimpa à toute allure. Comme elle le pensait il y avait une femme assise les genoux ramener à sa poitrine, le regard plongé dans le vide. Elle s'assit à côté d'elle et s'excusa de ne pas être venu sans obtenir de réponse en retour.

- Tu sais, j'y ai pensé toute le nuit et toute la journée hier, et je ne sais toujours pas ce qu'il y a là-bas mais je sais que c'est important pour toi.

- C'est important pour toi aussi, mais ça tu le saura plus tard.

- Tout est plus tard. J'aimerai savoir maintenant.

- Sois patiente. Tu verras, on te récompensera.

Et encore une fois la journée passa.

Maintenant Édith s'asseyait sur ce rocher tous les jours. Mais un an plus tard elle dût déménager. Et c'est triste qu'elle quitta son amie sans rien lui dire. Puis elle grandit. Faisant ses études supérieures elle ne trouvait pas le temps de retourner dans sa maison d'enfance. C'est un peu plus tard qu'elle rencontra l'homme de sa vie mais elle ne le savait pas encore. C'est sûr qu'à vingt-deux ans on ne pense pas faire sa vie avec le garçon que l'on aime et pourtant elle l'avait fait. 

C'est à ses vingt-cinq ans qu'elle eut une belle surprise. Elle était assise sur son canapé lisant un livre dans le silence le plus total. Elle entendit une clé tourner dans la serrure et elle posa son roman sur ses genoux. Quand elle vit son petit ami elle sourit à pleine dents et couru l'embrasser. Il répondit à ce baiser et lui dit de fermer les yeux. C'est ce qu'elle fit et, lorsqu'elle en eut l'autorisation, elle les ouvrit découvrant un papier plié dans ses mains qu'elle avaient tendu.

"Ma chérie,

Tu m'as si souvent parlé de la maison de ton enfance près de la mer. Tu m'as si souvent dit qu'elle était sublime et que ce n'était rien comparé au coucher du soleil qui se reflète sur l'eau, que j'ai eu envie de la voir. C'est pour ça qu'aujourd'hui, le jour de ton anniversaire,je t'annonce que je l'ai achetée. 

Joyeux anniversaire

Je t'aime."

Et en lisant ces quelques mots elle se mit à pleurer. Trois semaines après elle était de nouveau chez elle, dans sa maison littorale. Après s'être bien installée elle alla sur ce rocher qui lui apparaissait tous les soirs en rêves. Et c'est là qu'elle la vit. Toujours assise à regarder dans le vide, ses cheveux qui lui arrivaient un peu au-dessus des épaules flottants au vent comme des draps en train de sécher. Elle s'approcha doucement et prit place à côté d'elle.

-Phélie ? questionna-t-elle.

-J'ai eu peur que tu m'oublies, tu sais.

-Je n'aurai jamais fais ça. Mais moi aussi j'ai eu peur que tu m'oublies.

-Je suis restée ici tous les jours à t'attendre si bien que j'aurais pu devenir une statue oubliant ce qu'elle faisait là.

-Ne t'en fais pas, je regarderai tous les jours loin dans le vide avec toi, jusqu'à ce que je comprenne.

-Tu as encore du temps. Moi je ne l'ai plus. Et n'oublie pas ta promesse.

-Ne parle de moi à personne, dirent-elles en cœur avant de se prendre dans les bras.

Et elle recommença à la voir tous les jours et plus elle la voyait, plus elle souriait. Une année passa, puis deux, puis trois et Édith devint maman. Elle eut d'abord un fils, puis deux, et enfin une fille. Le plus grand devint père, ainsi que le second et la plus jeune devint mère à son tour. Édith devenue grand mère se faisait vieille mais malgré tout elle allait quand même voir Phélie pour lui dire à quel point elle était heureuse de la connaître. Bizarrement le femme du rocher ne vieillissait pas autant qu'Édith mais cela faisait déjà pas mal de temps qu'elle ne s'en souciait plus. Un jour ou il faisait froid elle partit voir son amie, elle s'assit à côté d'elle et ferma les yeux.

Quand elle les rouvrit elle se trouvait allongée dans son lit la couette la protégeant du froid. Ses enfants et ses petits enfants étaient là. Son mari n'était plus de ce monde depuis quatre ans et elle repensa une dernière fois à lui. A leur rencontre, leurs aventures et leur merveilleuse vie. Elle regarda tout le monde un sourire aux lèvres malgré la larme qui coulait de son œil et celles qui coulaient des yeux de toute sa famille. Elle sourit une dernière fois et ferma les yeux comprenant qu'elle s'endormait à tout jamais. Tout le monde pleura si fort qu'on aurait pu les entendre aussi loin que l'on se trouvait.

Édith était toujours assise sur le rocher, Phélie à côté d'elle. Et c'est ainsi qu'elle comprit ce qu'elle regardait au loin. Ce n'était pas le vide, non. Mais bel et bien toute sa vie. Là-bas, au loin, Édith voyait son mari, sa mère, son père. De son rocher elle comprit que devant il n'y avait rien d'autre que le bonheur et ses souvenirs. Mais il manquait quelqu'un, quelqu'un qu'elle avait aimé plus que tout ; sa grand mère. Édith se souvint alors que sa grand mère portait le nom d'Ophélie mais que tout le monde l'appelait "Phélie", comme la femme qui regardait ce "vide" avec elle. 

-Eh oui, Édith, je t'ai attendu toutes ces année pour que tu vienne avec moi, déclara la plus âgée. Souviens toi, je te l'ai promis.

Et effectivement avant qu'elle ne parte elle lui avait dit : « Je t'attendrai toujours, ma chérie, promis. »

Et c'est ainsi qu'Édith rejoignit ses souvenirs. Le souvenir de ses rires, le souvenir de sa haine, le souvenir de sa famille, le souvenir de ses larmes.



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Portrait de Anonyme
Portrait de Noémie LARUE
J'en ai eu les frissons. C'est une bien belle histoire. L'accomplissement d'une vie qui se mêle aux souvenirs passés...une fin digne d'un rêve !
Portrait de cassou.D
Merci beaucoup <3 Ça me touche !