Chapitre 1 La saison des sorcières | 404factory
La saison des sorcières

Chapitre 1 La saison des sorcières

En ce début d'automne à Raventree, tout semblait normal. comme chaque année, les habitants commençaient les récoltes qui avaient mûri tout l'été et les préparatifs des festivités qui animaient la saison. Les citrouilles étaient énormes et les châtaignes abondaient dans les bois pendant que les champignons formaient des cercles conspirateurs dans les prés. Les collines de la grande vallée de Moonver se paraient de leurs atours d'or et de rubis ce qui, au lieu de réjouir les habitants de la ville, faisait grimper leurs inquiétude.

Sur la place principale, ombragée par un splendide chêne centenaire, les feuilles formaient déjà un tapis rouge et fauve. celui-ci vit ses replis soulevés par l'arrivée turbulente d'une voiture tirée par deux impétueux chevaux. Les quelques badauds qui se trouvaient là stoppèrent conversation et occupations pour dévisager les deux passagers.

-Juniper ! Cesse donc de bouder de la sorte! Implora un homme bedonnant en costume de ville.

-C'est de votre faute si je boude, père ! Je vous ai dit que je ne voulais pas mettre les pieds ici ! Asséna la jeune femme en l'accompagnant.

-Mais enfin ! Nous n'allions pas passez les fêtes de Samain seuls en ville ! Pas alors que ma soeur nous a si gentiment invités.

-Votre Demi soeur ! Et puis nous n'aurions pas été seuls, il y avait les Mortimer et leurs splendides réceptions !

Léonard Vanreg grimaça sous la rectification acide de sa fille qui réajustait sa robe lilas. il s'empara de son unique bagage, une grosse malle, tandis que Juniper attendait, les bras croisés devant la voiture. Le père lança un regard appuyé à sa fille puis aux trois valises qu'elle avait tenu à emporter.

-Il me faut les porter moi-même ? S'étrangla-t-elle.

-Nous ne sommes pas dans notre demeure de Waldenbourgh ma chérie. Il faut que nous nous débrouillions.

La jeune femme pesta et se saisit d'une de ses malles en cuir qui retomba sur le sol en soulevant de la poussière. Elle releva le buste en massant son dos endoloris et son regard accrocha un petit groupe d'individus qui approchaient d'eux à grand pas.

-Docteur Vanreg ! S'exclama l'homme à leur tête. Quelle joie de vous voir ici.

-Monsieur le Maire, c'est un honneur de me voir accueillis de la sorte. Répliqua Léonard. 

-Un homme de votre réputation mérite cet honneur lorsqu'il visite une modeste ville comme Raventree.

Les deux hommes échangèrent une poignée de main et un sourire qui fit se tasser les favoris de Léonard et s'étirer les moustaches du Maire.

Ce dernier se tourna finalement vers Juniper et lui baisa la main.

-Mademoiselle, il est plaisant de voir que l'automne n'entame pas les plus belles fleurs.

-C'est là le charme de votre ville qui garde les fleurs si fraîches. Rétorqua Juniper avec un sourire que seul son père savait forcé. 

-Laissez moi faire porter vos bagages ! Sourit le Maire en jetant une pièce supplémentaire au cocher.

Juniper fut ravie de jeter à nouveau sa grosse malle à l'arrière de la voiture pendant que son père remerciait copieusement le Maire.


Suite à ces cérémonieuses salutations, Léonard et Juniper Vanreg descendirent une nouvelle fois de voiture devant la maison de leur famille. C'était là une petite bicoque en bordure de ville. Les murs blanchis à la chaux et le toit en fagots sombre lui donnaient un charme particulier.

Ils furent accueillis sur le pas de la porte par une femme forte armée d'une cuiller en bois. des cheveux bruns dépassaient de son bonnet en mèches folle et barraient son sourire jovial.

-Ah ! Léonard ! Comme je suis contente de te voir ! Brailla-t-elle en serrant l'arrivant dans ses bras.

-Et moi de même ma chère Agathe ! 

-Et tu dois être Juniper ! Ton père m'a beaucoup parlé de toi ! C'est vrai que tu es magnifique ! une belle jeune femme de dix-sept ans comme on en fait plus ! Tu as les même cheveux que ta mère ! Dit-elle en passant une main le long de la tresse noire de geais de la jeune femme.

Celle-ci eut un sourire franc malgré son malaise.

-J'ose espérer que mon père n'a pas trop enjolivé la réalité.

-Haha ! Nous le découvrirons vite ne te fais pas de soucis. Mais ne restez pas dehors ! Entrez ! 

Les deux voyageurs entrèrent donc dans la maisonnée. Une odeur de pain chaud les enveloppa aussitôt.

-Ruben ! Rowena ! Jay ! S'époumona Agathe. Descendez accueillir nos invités !

-Je ne savais pas que tu avais des fils ? S'étonna Léonard.

-Ce sont les fils de Mrs Hutchinson. Elle est morte l'hiver dernier. Matthews est très proche de Ruben alors il a insisté pour qu'on les accueille. En attendant ce gredin m'a laissée pour les fêtes. Sa mère est sur le point de faire le dernier voyage...

-Je suis désolé de l'apprendre...

Un tumulte dans l'escalier fit changer le sujet.

Ruben arriva en premier. Il avait dix-huit ans passés et était solide avec des cheveux de la couleur des briques d'argile. Ses yeux étaient noisettes et son sourire lumineux. Il serra immédiatement la main de Léonard et salua galamment Juniper. Il fut suivit par Rowena, la fille d'Agathe. Ses cheveux longs couleurs de terre chaude dépassaient d'un bonnet en dentelle. Elle adressa une révérence démodée mais très bien exécutée. Jay déboula derrière elle. Du haut de ses treize ans, il bénéficiait d'un joli minois éclairé d'yeux verts flamboyants et pleins de joie.

-Bien le bonjour ! S'exclama-t-il joyeusement. Je m'appelle Jay !

Il serra énergiquement la main aux deux arrivants, arrachant un grognement mécontent à sa mère adoptive.

-Jay ! enfin ! On ne salue pas les gens comme ça !

-Comment alors ?

Agathe allait répondre quand un nouvel arrivant l'interrompit. Il s'agissait d'une jeune femme dont les boucles blondes tombaient jusqu'au bas des reins. Son sourire était aussi éblouissant que l'harmonie de son visage avec ses grands yeux clairs, ses pommettes hautes et son nez fin.

-Tu es encore là Alison ? Grommela Agathe.

-J'aidais Rowena avec sa robe. Répondit la jeune femme. Je vous l'ai déjà dit.

-Eh bien tu continueras demain.

-Très bien.

Alison salua l'assemblée avec un regard appuyé pour Ruben et s'en alla tranquillement.

-Les enfants... Clama Agathe, je vous présente mon frère, le docteur Léonard Vanreg. Il est médecin à la ville. Lui et sa fille Juniper vont passer les fêtes de Samain avec nous.

Le regard inquiet que les jeunes gens échangèrent n'échappa aucunement aux arrivants. Cependant, ils n'osèrent le soulever.

-Je ne veux pas de protestations! Jay, tu déplaceras ton lit au salon, pour que Léonard puisse dormir. Rowena, tu dormiras sur ta banquette.

-Bien mère. Répondirent les jeunes gens en choeur.

Jay se précipita à l'étage, suivit par Ruben pendant que Rowena se saisissait de deux des bagages de Juniper. Il fallut que le père de cette dernière lui mette un coup de coude pour qu'elle réagisse et décide de porter la valise restante à l'étage.

La jeune femme posa les valises sur le lit et les ouvrit pour commencer à ranger les affaires dans les placards. Juniper la regarda faire, quelque peu gênée mais n'ayant pas la moindre idée de la façon dont on pliait un linge. Rowena avait un visage d'une douceur incomparables mais des gestes d'une efficacité redoutable. Elle avait une habitude visible pour les tâches ménagères.

-Tes robes sont magnifiques ! S'exclama-t-elle en dépliant une robe couleur crème. Elles ont l'air très confortables.

-Ce sont des robes de campagne. Expliqua Juniper. Elles sont pensées exprès. Celle-ci te plaît?

-Oh oui ! Elle est splendide! 

-Dans ce cas garde la. J'en ai une qui lui ressemble.

Rowena ne sembla pas en mesure d'exprimer son émerveillement devant le tissus légèrement pailleté et les motifs floraux raffinés.

-Je ne peux pas accepter...

-Je ne te forcerais pas. Sourit Juniper.

Rowena hésita mais se résolut à prendre la robe contre elle, se ravissant de l'allure distinguée qu'elle lui donnait.

-Merci mille fois !

C'est le moment que Jay choisit pour débarquer dans la chambre armé de deux paniers en osier et de sa voix tonitruante.

-Allons chercher des châtaignes ! S'écria-t-il en sursautant au milieu des valises.

Les quatre jeunes gens sortirent à la fraîcheur de l'après-midi d'automne. Ils repassèrent sur la place où les Vanregs étaient arrivés. Juniper remarqua pour la première fois une fontaine. Un énorme corbeau couvrait le bassin scintillant de ses grandes ailes de pierre. le volatile de roche avait une expression féroce qui la mit mal à l'aise. Elle se laissa guider par ses trois hôtes  vers une grande prairie en bordure de la ville cerclée par les premiers chênes d'une forêt épaisse. Ruben lui fit savoir que l'endroit se nommait Greenleaf. Des femmes étaient déjà penchées avec leur panier pour ramasser les premiers fruits de la saison. L'air était boisé et sentait les champignons de manière puissante. Juniper se ravit se ce parfum et de la charmante lumière d'or pâle qui coulait entre les feuilles. La grande ville ne lui offrait que rarement ce genre d'odeur et cette belle luminosité ne se trouvait que dans les parcs. Elle flânait entre les arbres, observant les oiseaux qui s'effrayaient de son passage. Son panier ne s'alourdissait pas comme celui de ses camarades qui commençaient à déborder de châtaignes et de noisettes, de pommes et de champignons. Jay courrait entre les arbres et sautait entre les racines, grimpait dans les branches sans crainte pour ramasser les meilleurs fruits, sous le regard inquiet de Ruben. Juniper s'amusait à les voir faire. Elle se rappelait les romans qu'elle dévorait avec leurs héroïnes tirées de leur paisibles vies de campagne pour vivre les intrigues de la ville. Soudain, elle sentit sa nuque être percée de flèches. Elle se retourna vivement mais ne vit rien d'autre que l'obscurité mordorée des bois. Une belette  fuyant sous le tapis de feuilles mortes la fit bondir mais il n'y eut rien de de plus.

-ça va Juniper ? S'enquit Rube,.

-Oui oui je... Je me suis sentie observée quelques instants.

Le jeune homme devint silencieux et lui aussi scruta la noirceur entre les arbres.

-Nous devrions rentrer. Déclara-t-il.

-Vraiment ? Déjà ?

-Jay ! Quelle heure donne le clocher ?

-Sept heure !

-Rentrons.

Bien qu'elle ne comprenne pas cette décision soudaine, Juniper suivit le groupe jusqu'au centre ville. A peine était-il sortis de la forêt que la nuque de la jeune citadine fut de nouveau assaillie par un regard malveillant. Encore une fois, aucune présence n'était visible. Quand ils revinrent sur la place de la fontaine, Juniper se sentit plus oppressée encore. Ses hôtes semblaient eux aussi nerveux. Elle remarqua que Rowena tordait la anse de son panier en même temps qu'elle nota que tout le monde remballait ses affaires et rentrait chez soi quand bien même le soleil venait à peine de passer derrière les toits. Quand ils passèrent la petite clôture de bois qui ceinturait le jardin de la maison d'Agathe, plus personne ne se trouvait dehors. Agathe fut ravie de leur récolte et les envoya faire leur toilette avant le dîner.

Pendant que Rowena remettait ses cheveux sous son bonnet, Juniper s'assit sur le lit.

-Dis moi... Pourquoi tout le monde semble si inquiet à l'approche du soir ?

-Oh... De vieilles superstitions, c'est tout...

Le ton de la jeune femme était posée mais le tremblement que Juniper entendit laissait présager qu'elle étai affectée tout autant les autres par ces "superstitions".

-C'est à cause de la saison des sorcières ! Clama la voix de Jay qui venait de débouler dans la chambre.

-Jay ! S'écria Juniper. On ne rentre pas dans la chambre d'une femme ainsi ! C'est inconvenant !

Le jeune homme n'était pas intimidé le moins du monde par la voix autoritaire de son invitée et sauta sur le lit à ses côtés.

-Il y a une sorcière qui se cache dans les environs. Certains disent même que c'est une villageoise. Et l'automne est sa saison !

Juniper s'était penchée, avide d'entendre les légendes locales qui faisaient l'objet de veillées prisées en ville. Elle aurait une histoire fantastique à raconter à son retour dans les mondannités.

-Le repas est prêt ! Les appela Agathe.

-Enfin ! 

Jay bondit hors de la pièce, laissant Juniper sur sa faim de légendes de sorcières.

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Portrait de Anonyme
Portrait de VeryLine
Ça se lit facilement. J'ai noté quelques erreurs, des répétitions et des absences. Je suppose que tu corrigeras tout ça après la relecture.
Portrait de Kristel G.
Ça donne envie de lire la suite! J'espère que tu continueras cette histoire, j'avais fini toutes mes autres histoires 😁