Prologue : la chute de la Lumière | 404factory

Prologue : la chute de la Lumière

La Lumière inondait les cieux, la terre, le sommet du Parthénon. Sa dominance était telle qu’elle inspirait, à celle qui observait, un respect teinté de crainte. Ses feux flattaient la statue aux dimensions monumentales d’Athéna-Promachos, accrochaient des reflets rouges et or sur la Déesse représentée dans toute sa noblesse guerrière.

La déité de la Sagesse envoyait un message clair à ses ennemis et, en suivant son regard tourné vers l’horizon, Chrysanthe fut surprise de voir des nuées de corbeaux prendre d’assaut la cité d’Athènes. 

Ils s’unirent en une seule entité, un immense corbeau blanc, qui, déployant ses ailes, les étira à l’infini et se colorèrent en noir.

Aussitôt, le règne de la Lumière prit fin.

Chrysanthe ouvrit les yeux, accompagnée par le chant d’agonie de milliers d’hommes, femmes et enfants. Dans les ténèbres instaurées, des flammes éclairaient la tragédie qui se jouait : dans un fossé, des corps se décomposaient sous ses pieds tandis que les flammes consumaient tout sur son passage.

Les cadavres étaient tordus, hideusement boursouflés, couverts de pustules. La bouche des défunts restait ouverte sur un cri sans fin. Et les rares hères encore en vie s’avançaient au bord de ce gouffre, se lamentaient, imploraient que les dieux leur vinrent en aide.

Tremblante, Chrysanthe essaya d’escalader cette montagne de chairs putréfiées qui ne faisait que grandir. L’impression de se trouver aux Enfers, dans les champs des châtiments, nouait la gorge de la jeune femme. Aussi, quand elle vit un enfant malade sur le point de basculer dans la fosse, elle ne put qu’émettre un hoquet de surprise.

Sortis de nulle part, des hommes plongèrent leurs mains dans la poitrine du petit.

Les lèvres de ce dernier s’ouvrirent en grand, libérant un corbeau qui se fraya un chemin dans d’affreux sons de gargouillis mêlés au sang qu’il régurgita. Ce spectacle paralysa Chrysanthe. Elle implora intérieurement Apollon de lui venir en aide.

Seul le silence répondit à ses prières.

Les infanticides ne cessèrent pas et ne se limitèrent pas aux fillettes ou aux garçons. Ces êtres, habillés de manteaux de plumes noirs, avaient la tête coiffée d’un crâne au bec corbin. Ils utilisaient de longs doigts terminés en serres pour blesser ou tuer leurs victimes. Impuissantes, la plupart d’entre elles vinrent tomber dans le trou.

Des croassements s’élevèrent, comme des rires moqueurs. Tout autour de Chrysanthe, il pleuvait des cadavres.

Soudain, un lion surgit du noir pour affronter les hommes-corbeaux. Malgré toute la férocité de l’animal au pelage d’or, ses efforts furent emportés de la même façon que les autres.

Incapable de les combattre, il poussa un terrible et long râle de douleur avant de s’effondrer sur le sol. Ces créatures se jetèrent sur lui, se repaissant de lui, tels ces charognards évoluant dans les cieux. Eux-mêmes, appelés par un congénère aux atours immaculés, ne tardèrent pas à le rejoindre en se métamorphosant en corvidés.

Son regard suivit leur progression. Aux abords de la cité, des loups rouges se ruèrent contre les remparts, les portes, finirent par prendre d’assaut les rues, les bâtiments. Ils achevèrent leur œuvre de chaos et de destruction sur la ville affaiblie.

La statue d’Athéna se brisa.

Le corbeau blanc, précédé de tout son cortège, partit vers l’Ouest.

La vue de Chrysanthe se brouilla : elle reconnut un grand port où les bateaux, échoués, déversaient une substance noirâtre.

Parmi cette noirceur, un éclat d’argent s’imposa. La silhouette d’un oiseau fendit les nuées. Lui aussi fut avalé par les ténèbres.

☼☼☼


Chrysanthe se réveilla en sursaut, frappée par une douleur aiguë dans son œil droit. Un murmure lui échappa :

— Korakès ?

La vision s’étiolait peu à peu, laissant derrière elle, un sentiment troublant. La souffrance, quant à elle, était bien réelle. Dans les brumes de son esprit tourmenté, la Pythie d’Apollon entendit un cri déchirer le calme de cette chaude nuit. Des ailes froissèrent l’air frénétiquement.

☼☼☼

Des tréfonds de la grotte où reposait la première des Pythies, une femme hurlait de rage et d’affliction. Elle frappait au hasard autour d’elle, comme prise d’un accès de fureur qui la consumait tout entière.

Enfin, à bout de souffle, elle laissa tomber ses lames.

— Volé… 

 La gardienne gronda.

— L’Arc d’Argent ! Il a été dérobé !

Elle poussa un sifflement qui n’avait rien d’humain.

La guerrière s’affaissa, porta une main à son visage. À la place où auraient dû se trouver ses yeux, il n’y avait qu’une cavité vide et sanguinolente. Ce soir, elle avait doublement échoué.

☼☼☼

Un navire égyptien approchait du port du Pirée. La mer, calme il y a quelques minutes, s’était mise en colère. De lourds nuages noirs s’amoncelèrent à l’horizon, occultant la lumière de la lune et des étoiles. Ainsi ballottée dans tous les sens, l’embarcation ne tarda pas à être engloutie par une vague gigantesque.

Enfin, le soleil revint éclairer le monde et caresser de ses bras le seul survivant du naufrage. Il se redressa pour vomir un mélange d’eau de mer et de bile noire, s’agrippa au sable pour s’extirper de la carcasse du bateau. L’homme repoussa dans un grognement, le corps putréfié d’un de ses compagnons d’infortune. Ils avaient tous péri bien avant que ne se lève la tempête, frappés par un mal étrange. Les uns après les autres, décimés par une maladie qu’il n’avait jamais observée. Il avait été seul à affronter les éléments.

Sa survie relevait du miracle. L’égyptien se mit à genoux et éclata de rire. Un rire désabusé, glacial. À bout de force, il se laissa retomber sur le sol et perdit connaissance.

Il découvrit, à son réveil, un magnifique arc argenté.

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Portrait de Anonyme
Portrait de Paul Fichtre
Un bon prologue servit par une écriture fluide et précise dans ses descriptions.
Portrait de Caroline Blineau
Merci beaucoup ! Ce n'est que le premier jet, je vais très probablement remanier certaines qui, à mon sens, sont encore trop nébuleuses :)
Portrait de Lazarii
Plus de sang, plus de mort ! Viiiiiite
Portrait de Caroline Blineau
Oh, crois-moi, tu auras ton compte très vite :p
Portrait de Philippa Chevallier
c’est un début intéressant 🧐
j’apprécie la qualité de tes descriptions
et ta narration est agréable aussi
début prometteur
Portrait de Caroline Blineau
Je vous remercie ! J'espère que la suite va vous plaire ! :)