Prologue | 404factory

Prologue

- Viens fils, viens.

Le garçon obéit. De toute manière son père le tient fermement par le bras et il n'a pas de raison de désobéir. Il le suit à travers la foule, fendant le flot de badauds qui affluent des différentes ruelles. 

Son père marche vite, bouscule une fermière qui trébuche et se rattrape sur l'étal d'un maraîcher. Elle jure et serre le poing dans sa direction. Le père presse le pas, le garçon aussi. La foule est de plus en plus compacte. Un artisan au tablier taché d'huile passe entre le père et son fils. Le fils lâche la main de son père. 

Les passants l'entraînent. Ils marchent tous vers le même objectif, déterminés. Ils vocifèrent, crachent, crient, éructent, hurlent, oriflammes de la haine. Le garçon regarde autour de lui, légèrement perdu. À sa gauche, il reconnaît un voisin, vêtu d'une simple chemise de cuir brun crasseuse et de braies rapiécées. Le voisin parle très fort. Il gesticule en désignant du doigt quelque chose devant. Ou quelqu'un ? 

La foule avance, implacable. Ils se bousculent. Gros bourgeois serrés dans leur tunique à fourrure, massifs bûcherons au visage taillé à la serpe, chétifs paysans au dos voûté, minces et décharnés ecclésiastes aux yeux soulignés de Khôl, durs soldats aux armures de plaques. Ce sont eux qui crient le plus fort pense le garçon. Ils haranguent la foule, la dirigent, concentrent sa puissance. 

Foule devient vague. Vague devient tempête. Le garçon se sent emporté par le courant. Des jambes de personnes trop grandes pour lui le percutent. Il tombe à plat ventre. D'énormes bottes mal cirées claquent juste à côté de sa tête. Le garçon se recroqueville. Il a peur. Pourtant son père lui a dit que la peur était pour les faibles. Il ne veut pas être faible, son père lui a ordonné de ne jamais être faible. 

Le garçon se redresse. Une main inconnue le pousse dans le dos. Il se retourne et mord. Un cri de douleur aiguë lui répond. Le garçon s'enfuit, se faufile entre les jambes qui sont comme des troncs d'arbres pour lui. Il doit retrouver son père. Le garçon court plus vite. La forêt ne finit pas, la tempête ne s'arrête pas. Le garçon tourne la tête dans tous les sens. Ils sont partout. Ils lui cachent la lumière. Le garçon se sent couler. Il se noie dans cet océan de rage vivant. Un sergent à la barbe hirsute beugle un ordre. 

Soudain, le garçon émerge. La lumière du soleil l'aveugle à nouveau. Il est sur une route mal pavée. Un cordon de légionnaires empêche la foule d'aller plus loin. Elle continue d'enrager. Mais pas contre les gardes. Au contraire. Ceux-ci ne sont pas très appliqués à la tâche. De temps en temps un paysan casse le cordon et se retrouve sur la route. Les soldats le laissent gesticuler quelques secondes avant de gentiment le reconduire avec le reste du peuple. Enfin le garçon le voit. 

Un cavalier à l'armure d'or. Il est monté sur un étalon noir comme la nuit. Il défile à la tête de son armée victorieuse. La foule l'acclame, l'adule, le porte aux nues. Son visage est caché par un formidable heaume doré surmonté d'une crête rouge vif. Ses guerriers le suivent à pieds. Leur lourde armure luit à la lumière du soleil au zénith. Si le cavalier reste immobile et insensible aux cris de la foule, les guerriers, eux, leur répondent. Ils envoient des baisers à l'attention des jeunes filles accoudées aux balcon qui saluent leur passage. 

L'un des soldats s'arrête devant le garçon. Il a une longue lance à la lame dentelée. Le guerrier caresse affectueusement la tête du garçon. Celui-ci répond comme son père lui a appris, il frappe du poing sur son cœur. Le guerrier éclate de rire et fait de même. Il donne au garçon une pièce de monnaie inconnue avant de s'éloigner et de rejoindre les rangs. Le garçon commence à comprendre. Il se met à applaudir l'armée lui aussi. Et tout à coup, une immense cage de fer passe devant lui. La foule exulte. Elle se remet à hurler. 

Le garçon s'approche de la cage et sursaute. Derrière les barreaux rouillés se trouve un homme. Il a le visage bardé de cicatrices. Il est nu. Ses muscles saillants semblent brisés. Il se tient debout mais voûté. Ses yeux bleus brillent d'un éclat terne. D'ailleurs il regarde le garçon. Et d'un coup il se jette sur lui. L'attrape par le col de sa chemise. Des soldats se précipitent.

- Reculez, crache l'homme d'une voix rauque, reculez ou je tue ce petit monstre.

La foule se déchaîne. Les insultes fusent. Les soldats hésitent. Les chevaux qui tirent la cage se cabrent. Le garçon est abasourdi. Soudain, le silence se fait. Le visage de l'homme se voile d'un masque de terreur. Mais il serre le poing et ne lâche pas le garçon. Celui-ci lève les yeux. Le cavalier à l'armure d'or se tient derrière lui. D'un bond souple, il descend de sa selle. Il s'approche du prisonnier et du garçon. Ceux-ci restent immobiles.

- Tue-le.

La voix sort du heaume doré. Métallique. Inflexible. La voix d'un être fort.

- Il a été imprudent. Tue-le, continue le heaume.

Le prisonnier ne dit rien. Ses lèvres se sont déformées en un immonde rictus. Il hésite, relâche sa prise. Alors, d’un geste d'une fulgurance inouïe, le cavalier brise les doigts du prisonnier et libère le garçon. L'homme s'effondre sur le sol de sa cage en hurlant. La foule exulte à nouveau.

- Tue-le, redit la voix.

Le garçon regarde le cavalier. Celui-ci a ôté son heaume. Son visage pâle est lisse, sans aucune ride ni cicatrice. Ses yeux d'un vert perçant n'expriment aucune émotion, ni colère, ni pitié. Il n'a pas de lèvres. Seulement une rangée de dents aiguisées qui saillent d'une gencive écarlate. Il tend un poignard à la lame recourbé au garçon.

- Je suis ton frère car les dieux nous ont donné le même sang, poursuit la voix, et le sang prévaut. Obéis-moi et tue le faible.

Le garçon comprend enfin. Le sang prévaut. Le faible meurt. Le fort survit. Le cavalier ouvre la cage. Le garçon entre. Le prisonnier implore sa pitié. La foule hurle. Le prisonnier pleure et appelle sa mère. Le garçon lui tranche la gorge. Le sang sort à gros bouillons de la plaie béante. Le cavalier prend le garçon dans ses bras et le place sur son épaule. Puis il se tourne vers la foule et crie à pleins poumons :

- UNE ÉTERNITÉ DE SOUFFRANCES MES FRÈRES ! VOILÀ NOTRE MALÉDICTION !

La foule lui répond en écho :

- LONGUE VIE À L'EMPIRE !

Le cavalier murmure :

- Longue vie aux Vampires...

Il regarde le garçon. Le visage sans lèvres du cavalier semble sourire. Le garçon lui rend son sourire. Ses canines pointues luisent.

- Bois maintenant, ordonne le cavalier, régale-toi : il était roi quand je l'ai vaincu..., ajoute le cavalier en désignant le cadavre de l'homme, il n'est plus que festin pour toi.

Le garçon hoche la tête. Il a soif. Et le sang l'appelle. Le sang des faibles.

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Portrait de Anonyme
Portrait de Mathias Chouvier
Tant de talent, c’est indécent !
Portrait de Philippa Chevallier
Bonne entrée en la matière
Je suis venue car je ne me fie plus au résumé mais ce premier chapitre est plutôt bien accrocheur

Pour la forme il faudrait peut-être envisager de diviser un peu plus tes paragraphes pour un meilleur confort de lecture
Portrait de Philippa Chevallier
Déjà si on peut passer au tutoiement, ce sera plus agréable et je me sentirais moins vieille "rires"

La troisième de couverture est un exercice difficile
Je peux dire ce que je n'aime pas en lecteur mais pour le reste elle doit être à l'image de l'auteur
Portrait de Sixe
Bonjour
Merci beaucoup pour le message !
Je suis complètement nouveau et n'ai absolument aucune idée de comment écrire une troisième de couverture ni comment organiser les paragraphes.
Si vous avez des conseils je vous en supplie je suis preneur !