Chapitre 1 - La mort | 404factory

Chapitre 1 - La mort

Cornouaille armoricaine, circa 470 apr. J. -C.


La guerre fait rage dans la campagne environnant Clontry. Les frères Ollognus et Seneticus se battent pour le contrôle de la ville qui est une importante place stratégique dans la lutte contre les invasions barbares, notamment celles menées par Attila quelques vingt années plus tôt. Mais plus que ça, c’est une histoire de pouvoir et de fierté qui se joue sur ce champ de bataille. Celle de deux frères. Seneticus est le plus âgé, mais sa place au pouvoir n’a jamais été assurée, et maintenant, son frère Ollognus règne sur la ville, en tout puissant Roi avec à ses côtés Isosae, son épouse dévouée. Ollognus est un homme brave, fort, courageux. Il porte la moustache avec grâce et la couronne avec fierté. Mieux encore, il porte une armure qu’on dit indestructible. Personne n’avait jamais vu de telle armure. Celle-ci couvre entièrement son corps, et est faite d’un métal qu’aucune épée n’a pu briser ou transpercer. Il disait que celle-ci était bénie des Dieux. Des vrais Dieux, ceux que l’on trouve dans la nature et partout autour d’eux, pas ce Dieu unique étrange apporté au début du siècle par les missionnaires. Au début, ses compatriotes armoricains doutaient de la véracité de ses propos. Mais après moult batailles, il n’y avait aucun doute: Cette armure était spéciale. Unique.


Mais dans l’obscurité d’une Église nouvellement bâtie à Naamringen, la ville voisine, une sombre trahison s’était mise en marche, quelques semaines plus tôt.

“Tu es sûr, prêtre ?”

“Oui. Cette épée a appartenu à notre Archange Saint-Michel. Elle a vaincu le Diable. Son pouvoir est bien plus grand que cette diabolique armure.”

Seneticus prit dans sa main l’épée en question. Celle-ci ne payait pas de mine. À vrai dire elle ressemblait même à une épée plutôt ordinaire. La garde était abîmée et la lame semblait avoir vécu de nombreux combats. Mais il pouvait sentir que le maniement de celle-ci était vraiment… Naturel. Comme ci l’épée et lui avaient été meilleurs amis pendant des siècles. Le prêtre regardait ce grand et presque squelettique homme manier l’objet le plus sacré que possédait la toute nouvelle paroisse, priant son Dieu de lui indiquer si son choix était le mauvais.

“Promettez vous de tenir votre parole et de vous convertir au Dieu unique lorsque vous aurez vaincu votre frère ?”

Seneticus esquissa un sourire.

“Taranis m’a accompagné dans de nombreuses bataille, et pourtant il m’a laissé perdre contre mon frère par le passé. Si votre dieu unique peut m’aider à gagner…”


Le combat avait commencé au pont culminant du jour, et le soleil descendait maintenant derrière la dense forêt. Des nuages commençaient même à le couvrir, signe imminent d’un orage. La rivière coulant près du champ de bataille et qui traversait la ville pour rejoindre la mer était maintenant rouge de sang. Les rangs étaient sans arrêts renfloués par des renforts arrivant de toutes parts, pour rejoindre l’un ou l’autre clan. Les têtes roulaient, les corps s’enchevêtraient sur le sol, les soldats épuisés tombés à genoux et étaient immédiatement exécutés par un ennemi. Cette histoire de pouvoir et de fierté avait déjà fait beaucoup trop de morts. Tout le monde savait que cela durerait tant que les deux chefs ne s’étaient pas affrontés. Mais pour le moment, Seneticus restait en arrière, assis sur son cheval. Ollognus, lui, était en plein coeur du conflit. Beaucoup se jetèrent sur lui pour en pâtir, mais il les repoussait tous. Sa force brute et son invincible armure le rendant aussi fort qu’un Titan. Épuisé de tuer des soldats lambda, le géant pointa son doigt vers son frère et hurla. Son cri résonna dans toute la vallée, comme un terrifiant rugissement.

“SENETICUS ! VIENS EN DÉCOUDRE ! ARRÊTONS LES MORTS INUTILES ! PAR TOUTATIS, TARANIS ET BÉLÉNOS, MONTRE QUE TU ES UN HOMME !”

Seneticus releva lentement le menton, faisant mine d’être piqué dans sa fierté. L’était-il vraiment ? Lui seul saurait donner la réponse. Il descendit élégamment de son cheval et tira l’épée de son fourreau, accroché au côté de sa monture. Lorsque le fer fut à l’air libre, un éclair scinda les cieux et la pluie commença à tomber. Il s’avança lentement, presque nonchalamment, vers son frère. Les soldats arrêtèrent de se battre et s’écartèrent. Leur rage les poussait à vouloir continuer de s’entretuer, mais le désir de voir ces deux légendes se battre était plus grand. On aurait pu croire que des cris d’encouragements s’élèveraient des rangs. Mais il n’en était rien. Le calme fut complet, le silence brisé seulement par le tonnerre qui grondait.

Les deux frères se mirent en garde. Et le combat qui suivi fut digne des Dieux. Le fer s’entrechoqua violemment, encore et encore. Les cris de rage, de douleur, de fatigue, résonnèrent jusqu’aux remparts de Clontry, d’où Isosae regardait le combat. Les soldats reculèrent, parfois trop tard. Quelques corps tombèrent suite à des coups qu’ils ne purent éviter. Ennemis, alliés ? Plus rien d’autre ne comptait pour les deux frères. Ils ne virent même pas leurs victimes. Le cercle autour d’eux s’agrandit de plus en plus, pour leur laisser toute la place dont ils avaient besoin. Puis celui-ci se déplaça pour les suivre à travers la vallée. Ils longèrent la forêt, mais ne s’y engouffrèrent pas car le terrain n’était pas propice à un combat de cette ampleur. La ville s’éloignait derrière eux et ils arrivèrent en haut d’une colline où la rivière était large et violente. Les soldats se mirent en arc de cercle autour d’eux, toujours sans se mélanger. Les troupes de Clontry d’un côté, et les autres, de l’autre. On pensa que le combat durerait toute la nuit. La lune était cachée et l’orage faisait toujours rage. Il était difficile de distinguer quoi que ce soit. Seulement de vives images lorsqu’un éclair striait le ciel, donnant aux spectateurs des images qui resteraient imprimés dans leurs mémoires jusqu’à la fin de leurs jour. La seule constante dans ce combat était les bruits.

Le bruit. C’est ce qui attira l’attention de toute l’assemblée. Un bruit de métal qui se brise. Tout de suite, tout le monde pensa que l’une des deux épée avait rendu l’âme avant l’un des deux combattants. Et puis un éclair stria le ciel. Durant une seconde, les soldats virent Ollognus à genoux à terre, l’épée de son frère traversant son armure de part en part, en plein milieu de la poitrine. La foule s’agita quand tout redevint noir. On entendit un cri de douleur percer la nuit. Et puis un deuxième coup d’épée, cette fois plus violent encore. Lorsqu’un éclair stria le ciel à nouveau, ce n’est pas le tonnerre qui perça les oreilles des soldats, mais un cri. Un cri de douleur. Celui d’une femme.

Isosae poussa les soldats de Clontry et se rua vers la dépouille de son époux. Sa robe blanche fut couverture de boue et de sang en un instant. Seneticus était debout à ses côtés, admirant l’épée avec avidité. Il passa lentement son doigt sur le tranchant de la lame puis regarda le sang couler de sa blessure.

“Ollognus ! Non… Non, non, non… Ollognus !”

Isosae se mit à pleurer. Les larmes coulaient de ses yeux plus fort que la pluie tombait autour d’eux. Seneticus se pencha au-dessus d’elle.

“Taranis semble avoir abandonné ton cher époux.”

“ Va mourir, Seneticus ! “

“ Oh non, je ne crois pas. “

Il fit signe à ses soldats de s’approcher, ce qu’ils firent rapidement. Les soldats de Clontry paniquèrent et s’approchèrent également, pour protéger leur reine. Les soldats de Seneticus arrachèrent la dépouille des bras de Isosae. Elle hurla et se débâtit avec toute la fureur qui l’habitait, mais les soldats de son époux l’empêchèrent d’approcher du vainqueur. Seneticus regarda la dépouille de son frère au sol, comme s’il avait pitié de lui.

“ Ta précieuse armure ne t’a pas sauvé, mon frère… Enfin… Enfin, je vais pouvoir prendre la place qui me revient de droit. “

Continuant de regarder la dépouille, la colère monta en lui soudainement et il leva son épée en hurlant.

“ Une armure que tu n’as jamais méritée dans un premier temps ! “

Il abattit son épée de toutes ses forces et détacha la tête de sa victime. Le fer céda sous la lame divine et la tête toujours en armure roula sur quelques mètres. Le sentiment de victoire et de puissance qui s’éprit de lui était difficile à gérer. Il ne savait pas comment réagir. Toutes ces émotions étaient trop fortes. Il jeta un regard vers Isosae qui hurlait et débattait dans les bras de ses soldats. Puis il leva son épée, encore et encore. Il sépara une jambe. Puis l’autre. Puis un arbre. Puis l’autre. Il se redressa ensuite, fier et couvert de sang. Un rictus mauvais sur le visage. Il ricana… Et lentement, son léger ricanement se changea en un rire démentiel qui glaça le sang de ses hommes comme celui de ses ennemis. Quand enfin il se calma, il passa une main dans ses cheveux et les plaqua sur son crâne.

“Jetez moi ça dans la rivière. Il n’aura pas de funérailles.”

“NON !” - hurla Isosae “Tu ne peux pas me priver de funérailles pour mon époux !”

Il rit à nouveau.

“Ah oui ? Regarde. “

Du pied, il poussa le torse dans l’eau sans une once d’hésitation.

“Non, non non…”

Les hommes de Seneticus ramassèrent les membres pour les jeter à l’eau également. Et puis le nouveau Roi se rapprocha de la tête. Il la ramassa et regarda son frère dans les yeux, à travers les grilles.

“Au revoir, frère.”

Et il jeta la tête d’un geste vif vers l’eau. Cependant, il n’entendit pas de “plouf”. Lorsqu’il se retourna, il vit Isosae dangereusement penchée au dessus de l’eau, tenant le casque par une aile. Le casque était lourd, et la jeune femme avait beau avoir reçu une éducation guerrière, sa prise était faible… Les hommes qui l’avaient laissé s’échapper de leur protection se jetèrent à ses côtés pour la remonter contre son grès.

“Non… Att… Attendez !”

Elle empoigna fermement l’aile de métal, mais l’eau et le sang avait rendu le casque très glissant. La tête glissa… Lentement mais sûrement… Et au moment où Isosae fut remontée avec le casque, la tête glissa et tomba dans l’eau.

“Noooooooooon !”

Seneticus claqua de la langue.

“ Idiote. “

Il se rapprocha d’elle, bien déterminé à lui prendre le casque pour en finir avec tout ça. Mais les rangs se resserrèrent autour d’elle, rapidement. Il regarda ces hommes, prêts à se battre pour leur reine même après la défaite de leur roi. Quelque part, il avait une pointe de respect pour eux. Il regarda ses soldats, mais ceux-ci firent un “non” de la tête et commencèrent à s’éloigner. Leurs camarades étaient morts pour aider leur chef à obtenir la victoire, mais ils n’étaient pas prêts à mourir pour qu’il récupère un casque pour le simple plaisir de le jeter à l’eau. Seneticus fut blessé dans sa fierté, mais il ne le montra pas.

“Bien. Amuse toi bien à enterrer ce casque. “

Il ricana et repartit avec ses soldats. Isosae se recroquevilla sur le sol, dans la boue et le sang, serrant le casque de son époux le plus possible contre sa poitrine. Quelques soldats s’agenouillèrent près d’elle.

“Reine… Il est temps de partir, maintenant… Vous ne pouvez pas rester ici…”

Mais Isosae n’écouta pas. Son corps ne répondait plus. Elle ne voyait plus de raison de vivre, plus de raison de se lever, plus de raison de continuer. Depuis qu’elle avait été mariée à cet homme à ses 14 ans, il avait été toute sa vie et toute sa raison de vivre. Elle n’était plus rien sans lui. Ni une reine. Ni une épouse. Pas même une mère car les Dieux n’avaient jamais bénis leur union avec un enfant.

“Laissez… moi…”

Mais les soldats refusèrent. Ils se mirent en cercle autour d’elle, utilisant leurs boucliers pour la protéger de la pluie. Les plus éloignés du centre qui ne pouvaient pas réellement aider quittèrent l’endroit moins d’une heure plus tard. Les plus fidèles restèrent jusqu’au lever du jour.

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Portrait de Anonyme
Portrait de Mariette CZT
Coucou !! Je suis la fille qui écrit la même histoire version SF ^^ J'aime beaucoup ta version médiévale, j'ai hâte de savoir comment la reine va s'en sortir.
Par contre, rajoute dans la description le #challengemythe sinon on ne te retrouve pas dans la liste des histoires déjà mise en ligne pour le concours. Il y en déjà au moins sept (dont la mienne ^^)

Petit point fautes, j'ai remarqué deux trois trucs :
Tu as marqué "couleur" à la place de "douleur" dans "Les cris de rage, de couleur, de fatigue, résonnèrent jusqu’aux remparts de Clontry, d’où Isosae regardait le combat"

pour là : "aux spectateurs des images qui resteraient imprimés dans leurs mémoires jusqu’à la fin de leur jour." j'aurais plutôt mis "leurs jours" avec des s, non ?

"Ta précieuse armure ne t’a pas sauvée" sauvé ?
"Il ria à nouveau." Il rit