Le Baron | 404factory
Corvus Maledictionem

Le Baron

    Dantone était en liesse, le contrat avait été exécuté à la perfection, tout comme le pauvre hère décapité gisant dans la mare sombre de son propre sang. Une mission simple : traquer l'amant d'une noble aussi riche que désœuvrée. Le capitaine de la compagnie savait bien que l'ennui pouvait mener à de bien vilaines choses. Et encore l'adultère, il le savait bien, n'était pas la pire.

     Le pauvre homme étalé juste devant ses bottes maculées d'un mélange de boue et de sang avait bien mal choisi son moment pour aller taquiner la femme rondelette du baron de son dard. Bien que pas trop vilaine, son épouse arborait toutefois habituellement l'air absent et ennuyé des godiches possédant trop d'argent pour avoir le luxe des soucis mais pas assez d'intelligence hélas pour trouver un moyen divertissant de l'utiliser sans compromettre leur intégrité. Le mari avait eu la désagréable surprise en rentrant plus tôt dans sa luxueuse demeure, d'un mauvais goût indéniable de l'avis de tous, de retrouver sa rombière chevauchant le fringuant et semblant prendre un plaisir tant inconvenant qu'outrancier qu'il n'avait jamais réussis à lui procurer. Rouge de rage et vert de honte, le cocufié tenta tant bien que mal de se ruer sur une arme afin d'éventrer séance tenante  le godelureau prétentieux qui arguait pouvoir trousser sa dame en son absence. Heureusement pour le soupirant, le baron était aussi riche que mou, peu importe la région du corps concerné, et le temps qu'il brandisse son arme l'autre sautait par la fenêtre, faisant disparaître avec lui sa verge encore fièrement dressée tel un ultime affront.

     La traque avait durée trois jours. Dantone ne savait pas comment, mais quelqu'un avait visiblement avertit la cible du contrat sur sa tête, et ce quelqu'un était certainement la femme finalement honorée après tant d'années passées à simuler son plaisir. Après quelques doigts retournés sans le moindre ménagement et plusieurs menaces de tortures indicibles, la compagnie avait finalement appris que leur nouvel ami se dirigeait vers l'Ouest le long de la Grand Route comme l'appelait les péquenauds du coin, ceux là même qui étaient prêt à se jeter aux bottes d'Embdar, pour les lécher sur un claquement de ses doigts immenses tant le colosse était impressionnant de muscles avec ses deux mètres de haut et sa carrure de barbare.

     Ils avaient retrouvé sa trace au bout d'une petite demie journée de chevauchée. Visiblement, il était plus naturel pour le galant de saillir une pouliche sottement apprêtée pour se faire curer que de monter un fier destrier, ce dont ce félicita Dantone. Cavalier épouvantable, il semblait ne même pas ménager sa monture, et celle-ci devait être au supplice avec un si piètre acolyte juché sur son dos. À de nombreuses reprises, ils avaient eu l'occasion de le rattraper, mais les cinq compères n'aimaient rien tant que s'amuser en instillant la terreur et l'effroi. Lars harcela le malheureux à de nombreuses reprises, lançant sa monture au galop à la limite de son champ de vision, faisant résonner les sabots de son destrier sous la canopée. Le malheureux poursuivit poussait de véritable cris d'effroi hystériques. Lorsque les hurlements atteignirent le reste du groupe, Norbert avait demandé à voix haute si il avait la jouissance aussi aiguë, ce qui provoqua les rires gras d'Embdar et de Kereld.

     Le second jour, alors que les traqueurs s'étaient payés le luxe d'une bonne nuit de sommeil, le misérable en fuite n'avait pas fermer l’œil. Lars avait retrouvé sa monture couchée sur le flanc entre deux arbres. L'imbécile avait tant poussé son canasson que celle-ci avait rendu son ultime soupire. L'animal s'était écroulé perclus de fatigue et d'après les traces et les sillons autour de la carcasse, l'homme avait dû se retrouver écrasé dessous lors de sa chute. Visiblement, il avait gratté la terre un peu molle pour s'extraire de son carcan de viande froide. Une forte odeur d'urine embaumait l'air ambiant alors que Crunder pistait les traces au sol avec un rictus amusé devant l'odeur d’ammoniac pour déterminer la direction prise par leur proie.

     La misérable victime de cette traque éprouvante passait les pires heures de son existence. Il avait beau retourner la situation dans tout les sens, à l'instar de la femme du baron, il ne réussissait pas à se persuader que ses après-midi de plaisir charnel pouvaient en valoir la peine. Il courait, trébuchait, chutait lourdement puis rampait lamentablement dans la rue. Plusieurs centaines de mètres en arrière, l'ambiance était toute différente. Les hommes avançaient nonchalamment en devisant gaiement sur la récompense et la ripaille qui en résulterait. Kereld et Lars, eux, rôdaient à l'avant du groupe, fomentant quelques sournoiseries pour s'attribuer une part plus substantielle du butin. Leur amour immodéré pour la Gjalr, un puissant psychotrope que l'on ne trouvait qu'à prix d'or dans les strates les plus lugubres des bas fonds les moins fréquentables en avaient fait des compères inséparables. Lars ne se doutait toutefois pas que son "ami" n'hésiterait pas à lui arracher les tripes à mains nues le plus lentement possible pour une minuscule dose de son enfer personnel en poudre.

     La traque, si tant est que l'on puisse l'appeler ainsi, se termina au pied d'un immense chêne contre lequel gisait l'amant évanescent. Outre les traces dans la terre malléable déjà suffisamment traîtresses, le pauvre bougre avait eu le bon sens de s'entailler cruellement les membres en rampant, totalement fou de terreur. Dantone s'approcha de lui avec un sourire carnassier et saisit le bras faible qu'il tendit dans une parodie pitoyable de défense. Quelques os craquèrent dans un bruit écœurant rappelant un œuf qui s'écrase au sol. Norbert se joignit à son chef, et ensemble, selon les instructions, ils entreprirent de rosser l'élégant. La partie croustillante revenait à Crunder qui était de loin le plus friand d'hémoglobine. Nul ne savait pourquoi, mais le petit homme malingre au teint blafard se complaisait dans l'art de la mutilation. Les flots de sang et d'agonie de ses victimes semblait l'émouvoir, et ses compagnons avaient la quasi certitude qu'il y trouvait un plaisir presque sexuel. Aucun d'entre eux, même l'impassible Embdar n'avaient les tripes nécessaires pour supporter le macabre spectacle. L'homme fut sommairement attaché et Crunder entreprit d'énuclée l'appareil génital du pauvre fou qui s'était attiré les foudres d'un homme bien trop puissant pour sa personne. Le calvaire dura une bonne demi heure durant laquelle les cris hystériques, les pleurs épouvantés et les suppliques pathétiques se succédèrent, pas suffisamment fort cependant pour couvrir les râles surexcités du tortionnaire. Le travail finit et conformément aux instructions de l'employeur, le "cadeau" de madame était posé délicatement dans un élégant coffret de velours rouge, véritable écrin mirifique que n'importe quelle femme rêverait d'avoir à ouvrir. Pas sûr cependant que la femme du cocufié apprécie le présent macabre de son époux si attentionné.

     L'homme était toujours en vie, quoi qu'à peine. Il palpait son entrejambe avec horreur et fixait Dantone et Embdar, comme attendant stupidement qu'ils expliquent leur acte. Pour toute réponse, Norbert décapita l'homme proprement à l'aide de son épée. Embdar lui préleva une molaire qu'il rangea dans une petit coffret de bois tandis que Dantone  récoltait le macabre trophée pour l'accrocher à la selle de son cheval comme un véritable trophée. Le cadavre s'écrasa au sol, les dernières pulsations expulsant le sang de son corps, celui-ci formant rapidement une mare, écœurant mélange de fluides vitaux et de sang constituant une boue répugnante. Cela ne stoppa nullement Dantone qui marcha dedans avec détermination et entrepris de détrousser le corps encore chaud du macchabée.

    Encore un contrat remplis pour la compagnie. Une demande comme ils en avaient tant reçu. Une journée banale pour ses cinq âmes damnées. Ils laissèrent le corps là, offrande silencieuse aux charognards en tout genre. Le premier arrivé fut un corbeau qui fixa Dantone de son œil torve, le gratifiant d'un croassement rauque qui lui provoqua un terrible frisson. Le chef sans pitié de la pire bande de bouchers du pays avait ces volatiles en horreur.

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Portrait de Anonyme
Portrait de Prof
Une compagnie dont j'ai eu plaisir à lire leur sanglante histoire. La suite vas grandement me plaire je le sent.
Portrait de RayureBob
Une belle introduction écrite dans un style dont la qualité, je n'en doute pas, reflète probablement celle de l'histoire entière. Il me tarde de lire la suite !
Portrait de Seyriel
Merci beaucoup pour ce commentaire, j’espère que la suite te plaira !
Portrait de A. Karel
J'ai vraiment beaucoup apprécié ce début ! J'adore ton style d'écriture, une verve magique avec un petit coté taquin même dans les pires scènes !
L'histoire m'a l'air vraiment intéressante,d'autant plus que j'aime vraiment les anti héros.
Certes il y a quelques petites coquilles mais honnêtement ça ne me dérange pas d'autant plus que moi-même j'en fais des tas.
Donc je vais de ce pas lire la suite en espérant que le reste de l'histoire soit aussi agréable que ce premier chapitre !
Portrait de Seyriel
Bonjour et merci pour ce très gentil commentaire qui m'as fait plaisir ! ^^ J'espère que le reste te plaira tout autant et que tu me donnera ton ressentit ( même si il devait être moins bon ! )
Portrait de Magali Monier
Bonjour !
Superbe début d'histoire. Sanglant à souhait, et assez intriguant vis a vis de la suite...
Hâte de suivre ça :) !
PS: je suis toute nouvelle sur le site, et je ne sais pas s'il vaut mieux tout oublier d'un coup ou bien chapitre par chapitre...?
Merci et a bientôt !
Portrait de Seyriel
Salut et merci pour ton commentaire très encourageant !

Pour ce qui est de ta demande, je dirais que c'est à toi de voir. Publier au fur à mesure me semble préférable ça permet aux gens de te remonter ce qui ne pourrais pas convenir dans ton récit, alors que si tu met tout d'un coup et qu'il y à des incohérences, ça risque fort de te décourager.. ^^
Portrait de lavoixdusabre
Ça donne envie... D'être un peu plus curieux
Portrait de Seyriel
Je croise les doigts pour que cette envie continue !
Portrait de Chandelle de Glace
Un départ qui laisse sur sa faim, bravo.
Ces chers "corbeaux délicieux" comme disait Raimbaud !
Les coquilles sont le plaie des écrivains, c'est un détail quand on est bêta-lecteur.
Si je voulais être tatillon, je dirais qu'un stage en médecine légale "donnerait de la vie" (lol) au texte.
A quand la suite ?
Portrait de Seyriel
Merci pour ce commentaire ! Si tu décèles des fautes, n'hésite pas à les remonter par message privé :).

Si tu m'offre un stage j'irais avec joie ! ( enfin façon de parler...)
Portrait de Philippa Chevallier
C’est clair que ça donne le ton.
Ton vocabulaire est déjà acquis ou bien tu t’aides avec un outil extérieur?
J’avoue que ça donne de la matière.
Portrait de Seyriel
Salut, et merci pour le commentaire ! Je dirais qu'à 95% il est de moi, et occasionnellement je vais farfouiller du côté des synonymes... ( j'assume ! ^^ )
Portrait de Rochelounet
Jolie introduction mélangeant humour noir, détails sanglants et quelques personnages suffisamment brossés pour donner du corps à la compagnie.
Bonne chance pour le défi.
Portrait de Seyriel
Merci beaucoup d'avoir lu ce premier chapitre et d'avoir pris la peine de laisser un commentaire ! J'espère réussir à garder se mélange tout du long .. ^^
Portrait de Vivien Gambin
J’apprécie grandement ton style d'écriture, bien que sombre, le récit nous emporte dans un tout autre monde. L'écriture est fluide, facile à lire, le vocabulaire est maîtrisé.

Vivement la suite pour le coup :)
Portrait de Seyriel
Salut et merci pour ton commentaire qui me fait très plaisir ! En plus je suis tomber récemment sur ton roman fantasy " Ystia" je crois, et j'avais bien aimé ( c'est mon genre favoris ! ), alors en plus avec le chapitre sur le dragon..^^

Bref je suis très heureux que cela te plaise et j'essayerais de te garder jusqu'au bout sans que tu ne sois trop déçu ! :D
Portrait de milana
Waouh quelle imagination... Par contre J'ai du mal avec le mot lambda
Portrait de Seyriel
Merci pour le commentaire, j'ai modifier lambda en banale !
Portrait de Marc Desné 0
Ouiii ça commence fort... Je sens que ça va être jouissif de suivre ces brutes. Le ton est totalement différent de tes autres récits mais on retrouve bien ta manière d'implanter l'univers ou vivent les héros... Vite la suite
Portrait de Seyriel
Merci pour ce retour je vais tâcher de garder un rythme soutenu
Portrait de Leon S Kennedy
Plutôt intriguant je sent que cette compagnie va vivre de sacré aventure avec leur contrat !
Portrait de Seyriel
J'espère bien les amener dans des tréfonds insoupçonnés... ^^
Portrait de Ma dame Rie
Et bien et bien, que de violence mon ami! xD

Je suis réellement ébahie par ta capacité à créer des univers particulièrement variés, avec un langage propre (c'est très probant ici) en un temps très court. Chapeau !

J'aime les histoires centrées sur des anti-héros, c'est toujours intéressant de suivre un personnage que l'on déteste.
Donc à voir....

Mention spéciale pour le premier paragraphe qui m'a fait éclater de rire !

(J'ai repéré deux fautes de frappe, comme je sais qu'avec le challenge ça laisse peu de temps à la relecture:
"le misérable victime" et "Lars ne de doutait" )

Que la force soit en toi ! x)
Portrait de Seyriel
Oui c'est un peu violent, mais le thème est le corbeau, l'annonciateur de malheur, le héraut de la mort, et le concours met en avant halloween, alors voilà.. ! ^^ Et puis c'est taguer darkfantasy et horreur, te voici prévenu ! :p

C'est très très gentil, j'aime écrire sur plein de sujet différent, et moi le ce thème imposer me met des images un peu " malsaine" en tête. J'ai voulu trancher avec l'écriture à la première personne afin de pouvoir mieux suivre les divers protagonistes. Même si le thème est sombre je vais tenté de le contrasté par un langage assez fleurit et imagé ce qui j'espère donnera un contraste intéressant ! Du coup je suis fier de t'avoir fait rire ! ^^

Pour les antis héros, le choix me semblait couler de sources, il faut des gens un peu atomisé dans leur tête pour espérer survivre à ce qui va leur arriver. Sache que tu n'es pas à l'abri d'en apprécier certain cependant, qui sait :).

Merci beaucoup pour les deux fautes qui, comme toujours, sont restés totalement invisible à mes yeux...