Jour 1 | 404factory
Comment J'ai Épousé Mon Commandant d'Unité V2

Jour 1

            Encore une journée bien fatigante, et pour cause : Elle avait duré soixante-douze heures, passées à combattre dans la forêt, sous la pluie et dans le froid. Son escadron allait partir en détachement plusieurs mois sur l’ile de la Réunion, et ceux qui allaient participer à ce séjour avaient besoin de s’entraîner. Alors les quelques personnels qui resteraient en base arrière servaient de plastron, ennemi improvisé. Et lui venait de passer deux jours et deux nuits, à harceler ses collègues armes aux poings, à leur poser des pièges, sans répit, avant de passer la journée à nettoyer son arme.

            Enfin, il rentrait enfin chez lui. Il avait faim et froid, tombait de sommeil, et se sentait sale, avait hâte de serrer sa compagne dans ses bras.

            Pourtant, lorsqu’il ouvrit la porte de son studio, il constata que si elle lui avait manqué, le sentiment d’absence n’était pas réciproque. Il la vit là, nue, en train de s’envoyer en l’air avec un autre homme que lui. Atterré, il laissa tomber son sac au sol tout en les regardant l’œil hagard et la mâchoire pendante.

            Quand enfin ils le virent, elle n’eut pour seule réaction que de pousser un soupir d’exaspération, tandis que son amant se retirait à la hâte, la laissant nue et à quatre pattes devant le canapé-lit.

            Se ressaisissant, le militaire fit un pas en avant, le regard noir et les lèvres retroussées dans un rictus haineux.

            L’amant s’avança, les mains levées en signe de paix, et s’adressa à lui.

            << — Écoutes, man, ce n’est pas ce que tu crois. Elle m’a dit qu’elle était célib’.

            Sans regarder l’homme, le soldat lui répondit d’un ton calme, mais sans appel.

— Dégages, avant que je ne t’arrache la mâchoire et la bite, et que je te fourre la deuxième à la place de la première.

— OK, pas de soucis !

            L’amant effarouché prit ses affaires et sortit de l’appartement nu sans entendre la femme lui dire de la rappeler avant de claquer la porte derrière lui, laissant le couple à sa rupture.

            Elle, toujours nue, s’assit sur le canapé, jambes croisées, avant de s’allumer une cigarette sur laquelle elle tira une longue bouffée qu’elle recracha par le nez, en regardant son compagnon officiel comme s’il était le seul fautif de la situation actuelle. Quand enfin elle prit la parole, son dégout transpirait dans chacun de ses mots.

— Je croyais que tu ne rentrais que demain.

— Je t’ai menti pour te faire une surprise. Tu étais supposée être à divers entretiens d’embauche, aujourd’hui. Je comptais arriver avant toi, me faire beau, te préparer un bon dîner dans l’espoir de te faire plaisir. Mais je vois que tu n’avais pas besoin de moi pour te remonter le moral. Bravo.

            Il se sortit une cigarette de la poche de son treillis et l’alluma, écoutant sa compagne infidèle se justifier.

— Peut-être que si tu étais plus souvent à la maison, je n’aurais pas à aller chercher du réconfort ailleurs.

            De surprise, il bégaya et dut s’y reprendre à deux fois pour répondre.

— Pardon ? Je te demande pardon ? C’est la première fois que je m’absente aussi longtemps ! Bordel, t’es même pas capable de garder les cuisses serrées pendant trois jours et deux nuits ! T’es vraiment qu’une traînée…

            La femme bondit du canapé.

— Ho bah oui, bien sûr ! Tout est de ma faute !

— Bien sûr que tout est de ta faute ! Ce n’est pas moi qui suis infidèle !

— Ho, et tu oublis tout ce que j’ai fait pour toi ?

— Qu’est-ce que tu as fait pour moi ? Vas-y, je t’écoute.

            Elle prit quelques secondes pour réfléchir avant de répondre.

— Je gère ta paperasse !

            Le militaire prit un air faussement désolé tout en répondant avec condescendance et en faisant une révérence excessive.

— Ho… Mes excuses. Tu veux un salaire, peut-être ?

— De la reconnaissance, au moins !

— Tu veux qu’on parle de reconnaissance ? OK, alors regardons ce que moi, j’ai fait pour toi !

            Bondissant du canapé, elle se mit à hurler.

— Ha non, commences pas avec ça !

— Je ne commence pas, je continue, c’est toi qui as initié la partie. Tu veux jouer à compter les points ? Très bien. Quand je t’ai rencontré, tu venais de te faire larguer, et tu vivais dans un motel pourri parce que tu ne touchais même pas le chômage ! Je t’ai sorti de la rue, je t’ai nourri, logé, blanchi, bien avant qu’on ne sorte ensemble, sans jamais te demander quoi que ce soit en retour, vrai ou faux.

            Elle lui tourna le dos sans répondre et l’homme perdit son calme.

— VRAI OU FAUX !

— Vrai !

— Alors, dis-moi, qui devrait recevoir la reconnaissance de l’autre ?

            La femme se retourna en criant.

— MERDE ! T’es qu’un pauvre con ! Va te faire mettre !

            Il la regarda froidement, la bouche déformée par une grimace de dégout, se retenant de la gifler.

— Non, ça, c’est toi, et c’est déjà fait ! Tu prends ton sac, tes affaires, et tu dégages de chez moi tout de suite !

— De chez toi ?

— Oui, de chez moi.

— Et depuis quand c’est chez toi ?

— Depuis que j’ai acheté ce studio avec un crédit de cent soixante-quinze mille euros, un an avant de te rencontrer. Maintenant, dégage.

— Jamais !

— Très bien.

            Il se dirigea vers les placards du studio, les ouvrit, et commença à en sortir les vêtements de la femme qu’il jeta dans une valise. Quand elle tenta de s’interposer, il la repoussa d’un mouvement puissant du bras, la faisant tomber sur le parquet, et continua son œuvre. Elle se releva avant de courir dans le coin cuisine et de sortir un grand couteau d’un tiroir qu’elle posa sur son poignet.

— Si tu continues, je m’ouvre les veines.

            Il s’arrêta et la contempla quelques instants, se remémorant tous les bons souvenirs qu’il avait avec elle, puis reprit son activité tout en lui répondant.

— Ça me faciliterait la tâche... Mais nous savons tous les deux que tu n’as pas le courage de le faire. Tu m’as fait ce chantage tant de fois que je n’y crois plus. Je serais toi, je m’habillerais. Il fait un peu froid dehors.

            Elle relâcha le couteau tout en fondant en larmes.

— Je suis tellement désolée, je sais que j’ai déconné, je ne recommencerais plus, je te le jure.

            Sans un regard, il répondit.

— Quand un chien a mordu, il recommencera. Et toi, tu es une sale chienne.

            Elle le regarda choquée, avant de reprendre.

— Mais je n’ai nulle part où aller !

            Il se fixa quelques secondes, puis ouvrit une poche de son treillis pour y prendre son portefeuille dont il sortit de l’argent qu’il jeta par terre.

— Cent euros, tu devrais avoir de quoi te prendre un billet de train pour retourner en Picardie, chez tes parents. Prends-les, avant que je ne décide de ne plus être gentil avec toi.

            Elle regarda l’argent, alla s’en saisir en pleurant, et prit des vêtements que son ex-compagnon avait déjà mis dans la valise pour s’habiller. Après quoi elle entreprit de ranger son ordinateur portable et son chargeur de téléphone cellulaire avant qu’il ne l’arrête en lui saisissant le bras.

— Ho, tu fais quoi, là ?

— Je reprends mes affaires. Comme tu m’as dis.

— Le PC est à moi, le téléphone aussi. Tout est à moi, ici, puisque j’ai tout payé. Je te l’ai dit plus d’une fois, tu aurais au moins dû demander tes allocations chômage. Maintenant, rends-moi mes clés, prends ta valise, et casse-toi.

— Mais, sans téléphone, comment je préviens mes parents pour qu’ils viennent me chercher à la gare ?

— Demmerdes-toi. T’as vingt-cinq ans, trouves une solution. Au pire, marche ou fais du stop.

— Et si on me demande des sous pour me déposer ?

— T’auras qu’à faire ce que tu fais le mieux, écarter les cuisses. Maintenant, dégage avant que je ne te sorte moi-même d’ici à coup de pied dans le cul.

            Il prit le temps de la réflexion, avant d’ajouter.

— Même si je suis sûr que ça te ferait jouir. Allez, tire-toi.

            En pleures, elle tira sa valise jusqu’à la porte, l’ouvrit et sortit. Avant de la refermer, elle tenta néanmoins une dernière fois de réparer ses erreurs en susurrant.

— Je t’aime…

— C’est tout à ton honneur, même si tu as une drôle de façon de le prouver. Enfin… Sache que moi aussi…

            Elle sourit, pleine d’espoir.

— Oui, moi aussi, je m’aime. Donc adieu. >>

            D’un pas déterminé, il alla lui-même refermer la porte et tourner la clé dans la serrure, la refermant ainsi définitivement sur une page malheureuse de sa vie pour ensuite se servir un whisky avant de s’assoir sur le canapé-lit et pleurer.



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Portrait de Anonyme
Portrait de lavoixdusabre
Oula ben dis donc quel début ?!
Portrait de Sebastien Carré
Voilà. Et ce n'est pas du tout inspiré de faits réels... 😢
Portrait de lavoixdusabre
Non c'est la vie de ton personnage pour passer à une autre étape
Portrait de Sebastien Carré
Oui, c'est moche, je sais...
Portrait de Poz
Ouah ! Pas cool ! Je commence ce livre avec la réécriture (j’avais pas le courage de lire les deux) sinon c’est super bien écrit , on ressent la précipitation et la colère dans l’écriture
Portrait de Sebastien Carré
La réécriture est forcément meilleure...
Normalement...
Portrait de lilyanne
Joli réécriture
Portrait de Sebastien Carré
Merci
Portrait de Philippa Chevallier
Ça participe au dynamisme de la scène top
Portrait de Sebastien Carré
Merci
Portrait de Philippa Chevallier
Je le trouve plus vif que la première version
J’adore
Portrait de Sebastien Carré
Je te remercie. C'est pas grand chose, mais j'ai ajouté des détails sur leur gestuelle pendant la dispute.