Episode 1 - Libéré, délivré...

- Je te dis que c’est par là !

Bern pointait du doigt, sur son plan, un couloir sinueux qui filait en direction de la coque du bloc pénitentiaire. La pointe de son index passa au travers de l’image holographique qui se brouilla un instant. Furieux, le rondien agitait frénétiquement les petites antennes écailleuses qui garnissaient son front. Bern faisait plus de deux mètres de haut mais son corps était si mince que les ceintures, auxquelles pendaient ses outils, faisaient plusieurs fois le tour de sa taille pour ne pas glisser au sol. Il éteignit le minuscule projecteur accroché à son avant-bras et s’engagea sur sa droite, sans attendre son partenaire qui bataillait avec le verrou numérique des menottes de leur « colis ».

- Bougez-vous ! grommela l’inhumain. Je ne tiens pas à essayer les cellules de cette foutue station.

- Je viens de passer presque un an enfermé dans l’une d’elles et je ne vous recommande pas cet hôtel, plaisanta l’homme qu’ils étaient venus chercher.

Sur ces mots les menottes s’ouvrirent enfin, libérant les mains du prisonnier qui s’empressa d’écarter les bras autant qu’il le put.

- Haaa… quel pied de pouvoir enfin bouger librement, exulta ce dernier. Comment tu t’appelles mon gars ? T’es un putain de magicien.

- Moi c’est Andrew, répondit sobrement l’humain dégarni qui lui faisait face.

- Enchanté Andrew, tu peux m’appeler Arkadi, reprit le prisonnier en lui tendant une main fraîchement débarrassée de ses entraves.

- On s’en fout de ton nom, pesta Bern. Il ne nous reste plus beaucoup de temps avant qu’ils ne remarquent ton absence et notre point de sortie est encore loin.

Une dizaine de minutes plus tôt, Arkadi Frolov, prisonnier insolent et méritant pleinement la peine qu’il purgeait au sein de la station pénitentiaire, avait vu débarquer l’étrange rondien dans sa cellule. La visite l’avait d’abord surpris car la station pénitentiaire Azka B était réputée pour n’offrir aucun contact extérieur à ses détenus. Depuis son arrivée dans cette résidence d’infortune, Arkadi n’avait parlé qu’au droïde médical - qui lui avait enseigné l’absence totale d’intimité - et quelques fois à l’ouverture dans le mur par laquelle se déversait trois fois par jour ses rations alimentaires sous la forme d’une bouillie turquoise, signe qu’il perdait déjà la raison. La tête de Bern avait surgi de la gaine d’aération peu avant l’heure du repas du soir. Lisse, parfaitement circulaire et dénué de toute pilosité, ce visage venu d’un monde qu’il ne connaissait pas l’avait fixé avec insistance pendant plusieurs secondes. Il avait hésité un instant, craignant que l’on vienne s’en prendre à lui, mais n’avait finalement pas lancé une chaussure au visage de l’intrus. Le rondien s’avéra être son ticket de sortie de cette geôle crasseuse. Après une explication aussi courte que le simple ordre de le suivre, Bern l’avait guidé le long de deux gaines de ventilation pour finalement rejoindre un autre humain dans une sorte de tunnel de maintenance. Andrew, pourfendeur de menottes, s’était révélé bien moins intriguant que son partenaire.

- T’es sûr que l’on peut sortir par-là, Bern ? demanda l’homme dégarni et à l’embonpoint naissant.

- On a bien réussi à entrer sans se faire repérer grâce au plan de ce Patchy, nota le rondien. De toute façon, on ne peut pas repartir par là où nous sommes arrivés donc il faut avancer.

Au souvenir de ce qu’ils avaient dû faire pour franchir les dispositifs de sécurité de la station, Andrew grimaça et sembla prêt à vomir.

- Plus jamais je ne voyagerai comme ça, dit-il, écœuré.

- C’est Patchy qui vous envoie me sauver ? s’enquit Arkadi, visiblement ravi de l’apprendre.

- Ouais… et à cinq cent mille crédits chacun, on a hâte de se débarrasser de toi et de ton odeur infecte, le fustigea Bern.

- Cinq cent mille ? Chacun ? insista le prisonnier, un brin étonné.

- Oui, c’est le contrat.

Le rondien répondait sans entrain, trop occupé à les guider dans les méandres de la galerie technique. L’étroit corridor passait dans l’épaisseur du mur séparant les cellules. L’odeur y était infecte, mélange nauséabond de relents d’égouts et de vapeurs de carburant. A un embranchement, ils durent enjamber une grande marre de bouillie nutritive. Au plafond, un flexible avait éclaté, projetant la préparation bleue en un jet continu sur plusieurs mètres. C’en fut trop pour Andrew qui vida le contenu de son estomac dans le premier récipient qui passa à sa portée. Arkadi profita de cet arrêt impromptu pour questionner un peu plus son sauveur.

- Bern, c’est bien ça ?

- Oui.

- C’est une sacrée somme que vous a promis Patchy.

- C’est le tarif, se renfrogna le rondien. On est dans un pénitencier de catégorie 3, pas dans une garderie.

- Oui, oui, je comprends bien. Et, il ne vous aurait pas laissé quelque chose pour moi ? poursuivit Arkadi avec une innocence feinte qui collait mal au personnage.

- Y a un sac…

Bern détacha ledit sac de toile qui pendait lourdement dans le dos d’Andrew, toujours occupé à faire de la place pour un futur repas. Il hésita un instant avant de le remettre à son destinataire mais se laissa convaincre par le sourire large et franc du prisonnier. Arkadi dénoua le lacet qui fermait le sac en entreprit de fouiller à l’intérieur. Il en sortit une veste en cuir noir qui avait dû connaître des jours meilleurs et la pressa contre son visage en inspirant très bruyamment.

- Tu m’as manqué ma belle, s’enjoua le prisonnier en embrassant le cuir de la veste.

L’inhumain le regardait avec consternation. Les rondiens n’étaient pas connus pour leur empathie et il était un parfait représentant de son espèce, plus préoccupé par prochain salaire que de savoir si sa femme s’en sortait avec ses huit enfants pendant qu’il vagabondait dans la galaxie. Sa patience, qu’il n’avait pas, était à bout et il bouscula Andrew.

- On va finir par se faire prendre avec tes conneries. Il faut qu’on avance !

Dans le dos du rondien, Arkadi avait mis la main sur un boîtier, soigneusement empaqueté au fond du sac. Depuis qu’il l’avait ouvert, son sourire charmeur s’était mué en un rictus bien plus froid et, dans son regard, l’éclat d’une intelligence teintée de folie avait remplacé la torpeur blasée de l’homme trop longtemps privé de liberté.

- Messieurs, j’ai une bonne et une mauvaise nouvelle, dit-il avec détachement.

- Qu’est-ce qu’il se passe encore ? demanda Bern, agacé.

- La mauvaise c’est que Patchy est un génie doublé d’un ivrogne et, à ma connaissance, il n’a jamais su garder en poche plus de crédits qu’il n’est capable d’en boire en une semaine.

- Tu te fous de moi ?! éructa le rondien en s’avançant d’un pas vers lui.

- La bonne nouvelle, reprit Arkadi avec assurance, c’est que vous ne serez plus jamais en retard nulle part.

Sur ces mots et sans laisser à ses sauveurs le temps de réagir, il brandit l’arme qui reposait dans le boîtier et fit feu. Il adorait ce blaster, son blaster. Après des mois de séparation, sa main redécouvrait le contact familier de la crosse blanche en corne d'ourkis. Il y prit plus de plaisir que s’il avait posé ses doigts sales sur les cuisses soyeuses de l’une de ses maîtresses. Du long canon effilé s’échappèrent trois décharges de plasma incandescentes qui firent mouche. Les deux premiers tirs surprirent Bern au niveau du torse. Le troisième vint remplacer l’œil droit totalement inexpressif du rondien par un trou sanglant. L’inhumain s’effondra au sol sans avoir eu le temps de comprendre que sa mission était, depuis le début, vouée à l’échec. Andrew se retourna en entendant les détonations, un fil de bave et de vomit pendant encore à sa lèvre inférieure. Il allait protester, demander des comptes, chercher à comprendre pourquoi l’homme qu’ils étaient venu secourir se retournait soudainement contre eux. Il n’en eu pas l’occasion. Ses mâchoires articulèrent quelque chose mais les mots se perdirent au travers du cratère béant qui ouvrait sa gorge. Arkadi ne prit pas la peine de l’achever, le laissant se noyer dans les gargouillis répugnants de son sang.

Le prisonnier troqua sa tenue contre les vêtements que Patchy avait rassemblé dans le sac. Bien qu’il fut encore loin de la sortie, Arkadi se sentit déjà libre lorsqu’il passa sa veste en cuir par-dessus une chemise couleur crème et un pantalon en toile noir. Machinalement, sa main droite vint jouer avec les petites lettres métalliques piquées dans le cuir du col. « Arkad », la lettre manquante était tombée depuis longtemps au cours d’une énième course poursuite mais l’homme n’avait pas voulu faire réparer sa veste de peur qu’elle ne lui porte plus bonheur. Il aimait cet ensemble qui mettait en valeur sa peau brune. La barbe hirsute qui masquait la moitié de son visage ne rendait pas justice à ses traits fins mais Arkadi se sentait presque présentable et un sourire fier se dessina sous celle-ci.

L’homme se pencha sur le cadavre de Bern et lui arracha du poignet le bracelet contenant le plan de la station pénitentiaire. Malgré l’air détaché et insolent qu’il avait gardé jusque-là, Arkadi s’était montré très attentif quant à l’usage de ce gadget. Il pressa un petit bouton sur le côté et l’image holographique des couloirs réapparue. Le rondien avait fait l’erreur de lui montrer où se trouvait leur point d’extraction et l’atteindre ne semblait pas bien compliqué. C’était sans compter sur l’alarme qui se mit à hurler depuis l’autre côté des cloisons qui l’entouraient.

Des capteurs au plafond et sur les murs de sa cellule venaient de scanner la pièce, comme tous les soirs au moment du repas, sans trouver trace de son pensionnaire. Arkadi avait raté l’appel. D’autres capteurs s’activèrent, cette fois-ci dans le tunnel de maintenance et un fin rayon laser jaune entreprit de le scanner sur toute sa longueur. Le trait de lumière s’attarda sur la boule de vêtements jetée au sol par le prisonnier. Ce dernier réalisa bien trop tard qu’il aurait dû prendre soin de masquer les codes-barres présents sur le dos de la chemise et le long de la jambe du pantalon. Le laser disparut lorsque les lumières de la section dans laquelle se trouvait Arkadi virèrent du jaune pâle au rouge intense.

- Fait chier !

Il n’eut pas le temps de se mettre à courir que, déjà, le sifflement caractéristique d’un drone se fit entendre dans le tunnel. Petit assemblage compact de métal et de capteurs, l’appareil ne fit aucune sommation avant d’ouvrir le feu en direction fuyard. Des éclairs furent projetés depuis une pointe métallique à l’avant du drone. Les décharges électriques touchèrent le mur à la droite d’Arkadi, lui projetant une gerbe d’étincelles au visage. L’homme riposta mais ses réflexes s’étaient émoussés pendant sa longue détention et la cible était rapide. Il ne réussit qu’à descendre un luminaire innocent. Le drone était maintenant à portée et deux nouvelles décharges cherchèrent à atteindre le prisonnier. Arkadi ne pouvait pas passer. Son objectif se trouvait de l’autre côté de l’appareil et le couloir était trop étroit pour le feinter. Réduire la distance qui le séparait du drone lui vaudrait à coup sûr d’être touché et, il le savait, après s’être évanoui suite à l’électrisation, c’est le décor de sa cellule qui l'accueillerait à son réveil. Hors de question de se laisser reprendre, pas sans combattre. Arkadi battit en retraite jusqu’à la marre turquoise à l’intersection précédente où il fut éclaboussé par le flexible éclaté.

Le bruit des propulseurs d’un second drone se fit entendre au loin, le prenant à revers. A deux contre un, les vigiles automatisés auraient vite fait de le neutraliser. Une idée lui vint alors qu’il s’écartait du jet turquoise qui souillait ses chaussures. Arkadi chercha du regard la conduite qui transportait la bouillie nutritive répugnante et braqua son arme vers une section assez large pour qu’il ait peu de chance de la manquer. Le drone qui avait tenté de lui tirer dessus ne tarda pas à le rattraper, manœuvrant dans le tunnel pour aligner sa sonde en direction du prisonnier, il passa sous la conduite. L’homme pressa la détente de son blaster et le drone esquiva en abaissant son altitude. Le tir éventra le tuyau d’où se déversèrent en continue des litres de substrat alimentaire. L’appareil de surveillance reçu le jet puissant de plein fouet. Arkadi qui espérait le voir s’écraser au sol n’eut pas cette joie car le petit engin réussit à se stabiliser in extrémis et reprit sa chasse. Cette fois, le drone était assez proche pour faire mouche et il tenta de projeter une nouvelle vague d’éclairs vers le prisonnier. La sonde pointée vers Arkadi crépita lors de son activation mais les éclairs, conduits par le liquide qui la recouvrait, se dispersèrent à la surface du drone. Quelque chose prit feu à l’arrière de l’appareil. Les flammes furent rapidement suivies d’une détonation qui ouvrit en deux la carcasse de celui-ci.

-  WHOOOUW ! exulta le prisonnier, heureux d’avoir renoué avec la chance.

Le second drone approchait toujours mais Arkadi ne voulut pas risquer une autre confrontation. Le chemin jusqu’à son point d’extraction ne resterait pas longtemps dégagé maintenant qu’il était repéré. Courir entre les enchevêtrements de tuyauterie avant que ses poursuivants ne le piège à nouveau lui sembla la seule option raisonnable. Dans sa fuite, l’homme aperçut d’autres drones dans les couloirs adjacents qu’il put prendre de vitesse. La station pénitentiaire d’Azka B était, certes, entièrement automatisée mais ses systèmes dataient de près de cent cinquante ans et peinaient à suivre efficacement une cible qui ne se laissait pas impressionner par quelques éclairs. Quelques tirs gagnant en adresse à mesure qu’Arkadi retrouvait confiance en ses gestes et la lenteur de l’intelligence artificielle qui le traquait, permirent au prisonnier d’atteindre son objectif sans grande difficulté. Il ne connaissait pas les détails du plan de Patchy mais l’homme le suivait aveuglément, lui ayant maintes fois confié sa vie par le passé sans jamais l’y perdre. Se retrouver dans un cul de sac et bientôt acculé dans un coin de la station, le laissa pourtant perplexe.

Arkadi avait suivi le plan holographique jusqu’à une large pièce circulaire dépourvue d’autre issue. Plusieurs bacs de déchets prenaient la poussière autour d’un robot tentaculaire. Celui-ci se dressait depuis le centre de la pièce, ses bras mécaniques repliés autour de son torse tubulaire. D’ordinaire il devait charger les détritus issus de la station dans les trappes qui se dessinaient sur les parois du local mais, ce jour-là, l’automate ménager attendait, en veille, que l’on sollicite à nouveau ses services. Le prisonnier se dissimula derrière le robot en espérant que les drones resteraient dans les couloirs et ne le retrouveraient pas ici. Il avait forcément raté quelque chose, un détail qui ferait la différence entre sa détention et sa liberté. Patchy était un génie de la planification mais ce vieux gredin n’avait pas jugé opportun de lui faire parvenir plus d’instructions. Arkadi regretta un court instant d’avoir descendu son escorte peut-être un peu trop rapidement mais la satisfaction de les avoir doublé si facilement balaya son hésitation. Sans s’en rendre compte, il souriait comme un enfant après une bonne blague.

Au-dessus de lui, la tête ronde du robot se mit à pivoter lentement jusqu’à ce que son unique œil inexpressif se porte sur le prisonnier. Le bruissement provoqué par ce mouvement lui fit lever les yeux et Arkadi recula d’un coup, de peur que le robot ne tente de le saisir. L’un des bras articulés se déploya, non pas dans la direction du fugitif mais vers une trappe d’évacuation à la gauche d’Arkadi. Saisissant la poignée, l’automate révéla un tiroir de trois mètres de long, taché de salissures indéfinissables. Le bras se replia partiellement et désigna, d’un doigt tordu, l’intérieur du tiroir.

- Patchy, c’est toi ? lança l’homme à la peau brune à destination de l’œil.

Le robot, probablement dépourvu de microphone et de synthétiseur vocal, se contenta de pointer une seconde fois le tiroir.

- Nan mais tu déconnes ? C’est un caisson de purge. Je ne suis pas une putain de torpille qu’on peut balancer dans l’espace !

Impatient, le robot activa un autre de ses bras qui vint pousser brutalement Arkadi vers la seule issue qui ne le renvoyait pas dans les couloirs peuplés de drones furieux, dont le nombre grandissait à chaque minute gaspillée. Une sortie inconcevable. Monter dans ce tiroir c’était opter pour une mort des plus douloureuse sans savoir qui, du froid de l’espace ou du choc de la décompression, le tuerait en premier.

- C’est hors de question ! cria-t-il assez fort pour alerter ses poursuivants de l’autre côté de la cloison.

Alors que les drones commençaient à malmener la porte qu’Arkadi avait pris soin de refermer et bloquer avec le bac de déchets le plus proche, le robot présenta une troisième main sous le nez du prisonnier. Les sept doigts de la main étaient tendus mais, rapidement, se mirent à égrainer les secondes. Pris au piège l’homme marqua une longue hésitation. Ce n’est qu’en voyant les deux derniers doigts du robot prêts à se refermer qu’il se résigna à obéir.

- J’espère que tu sais ce que tu fais… soupira-t-il en se jetant dans le tiroir.

Le robot referma la trappe d’évacuation des déchets et Arkadi se retrouva dans le noir. Son cœur battait à tout rompre, consommant bien trop vite l’air du caisson qui se faisait déjà rare. A l’extérieur de son sarcophage moderne, un grondement sourd empli l’air. L’homme s’imagina le tube dans lequel il se cachait, poussé en dehors de la station et prêt à larguer son contenu dans le vide. Il prit une longue inspiration, comme si cela avait la moindre chance de lui être utile, et attendit que la mort vienne le cueillir. Son épaisse boucle de ceinture émit trois petits sifflements et s’éclaira de bleu. Un champ de confinement miniaturisé - de la même couleur - se déploya tout autour de son corps. L’air se fit moins rare dans ce cocon sorti de nulle part. Arkadi n’eut pas le temps de chercher d’où venait cette oxygène inespéré, le cylindre s’était ouvert, le catapultant dans le vide absolu. Minuscule bulle bleutée dans l’infinité noire, l’évadé contempla la colossale station pénitentiaire dont il s’éloignait doucement. Ce n’était rien de plus qu’un immense cube de métal bardé de tourelles automatisées, aussi laid vu de l’extérieur qu’il était déplaisant à l’intérieur. Les vestiges d’une inscription barraient l’édifice sur chacune de ses faces : “AZKA - B”. En orbite haute autour d’une planète aride aux reflets roses, la station glissait, elle aussi, sans bruit dans l’infinité de l’espace.

Dériver ainsi dans le vide était éprouvant et Arkadi s’agrippa aux pans de sa veste pour que ses mains cessent de trembler. Sa survie ne tenait qu’à la capacité de la batterie que Patchy avait fait implanter dans sa boucle de ceinture et l’idée que l’écran allait se dissiper d’une seconde à l’autre occupait toutes ses pensées. Sa déplaisante promenade dans l’espace commençait à s’éterniser. Le pénitencier avait considérablement rétréci au loin sur sa droite mais il ne voyait aucun autre vaisseau dans les environs, juste un petit astéroïde égaré qui filait dans sa direction.

- Allo, capitaine ? demanda une voix désincarnée.

- Patchy ?!

- Ouep, capitaine. Restez calme, on va vous récupérer, poursuivit la voix chevrotante.

- Je vais te tuer pour m’avoir fait sauter dans l’espace, t’en es bien conscient ? grommela Arkadi.

- Moi aussi je suis content de vous revoir, se réjouit Patchy.

L’homme distingua une navette dissimulée dans les reliefs à la surface de l’astéroïde. Elle venait d’activer ses moteurs et s’approchait lentement. Une fois à portée, la soute s’ouvrit en grand pour accueillir le champ de confinement et son occupant. Posé à même le sol de l’appareil, Arkadi attendit que la cabine soit de nouveau pressurisée pour pianoter au hasard sur sa boucle de ceinture jusqu’à ce que la bulle de protection se dissipe. L’air chargée d’huile et de vapeurs de carburant lui chatouilla délicatement les narines. Il aimait cette odeur de vieux cargo. L’homme se redressa, assis seul au milieu de la large soute et se tourna vers la porte sur sa droite. Comme il l’avait prédit, celle-ci s’ouvrit en coulissant mais à sa grande surprise ce ne fut pas Patchy qui vint à sa rencontre. Une jeune femme s’avançait d’un pas déterminé. Elle avait la peau bleue et des yeux jaunes presque lumineux. Ses cheveux long, blancs et luisants, tranchaient sur sa combinaison de pilote d’un noir mat. 

- Amada ? Quel plaisir de te revoir, dit Arkadi d’un ton enjôleur.

- Bonjour Ark, répliqua-t-elle froidement.

- C’est adorable d’être venu me chercher. Je savais que je finirai par te manquer assez pour que tu tentes quelque chose.

- Ho… ce n’est pas moi qui ai lancé l’idée de venir te sortir de là, poursuivit-elle.

- C’est Patchy ? Il est où ce vieux bougre ? demanda l’homme en se massant les chevilles.

- Il bosse, éluda-t-elle. Les autres se sont dit que tout se passerait plus facilement si c’était moi qui descendait te voir.

- Tu m’as prévu un petit accueil personnalisé ? s’étonna-t-il.

Arkadi se fendit d’un nouveau sourire lubrique et gratifia la jeune femme d’un clin d’œil équivoque. Elle fit en sorte de ne pas croiser son regard et le contourna de manière à se placer dans son dos. Les douces mains bleues d’Amada glissèrent avec délicatesse dans la nuque de l’évadé et vinrent caresser son cou. D’un geste lent, la séduisante inhumaine dégagea les quelques dreadlocks noirs et frisés coincées dans le col de la chemise d’Arkadi.

- Tu as toujours su y faire, soupira-t-il en détendant ses épaules.

- C’est bien pour ça qu’ils m’ont envoyés m’occuper de toi, murmura Amada.

Ses mains se rejoignirent sous le menton de l’homme qui entendit un petit claquement métallique. Par réflexe, il porta sa main gauche à hauteur de sa gorge et découvrit avec stupeur que les caresses sensuelles de la pilote n’étaient qu’un subterfuge pour y attacher un collier. D’un coup d’épaule, il se dégagea de l’emprise de la jeune femme.

- Qu’est-ce que… voulut-il s’insurger mais une injection de sédatif dans le bas du dos le prit de court.

- Les femmes se jouent toujours aussi aisément de toi, Ark. Je me demande comment tu as fait pour survivre aussi longtemps.

L’homme la dévisagea un instant, incapable de parler, puis roula sur le côté. Amada rangea la petite seringue dans la poche intérieure de sa tenue de pilote puis se pencha vers lui pour lui offrir un baiser tendre sur ses lèvres engourdies.

- Désolé mon cœur mais Corto Sinas a lancé un contrat sur ta tête et on a vraiment besoin de ces crédits. Je suis sûre que tu comprendras que les affaires passent avant le plaisir.

Arkadi grogna à l’évocation du nom du commanditaire et perdit connaissance.

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Portrait de Anonyme
Portrait de JuneZero
Bon, aussi surprenant qu'il y paraisse, si je vénère stargate et bsg (sûrement pour leur côté ésotérique) , la SF spatiale à la base c'est pas mon délire x) je vais donc tâcher d'être le plus objectif possible et de faire abstraction de ça :p Je te maudis néanmoins de m'avoir mis une chanson relou dans la tête à la lecture de ton titre de premier chapitre.

Déjà, j'ai été agréablement surprise par la fin de ton premier chapitre que j'ai absolument pas vu venir xD ça promet, tu as des personnages hauts en couleur, ce sont des enfoirés, et en peu de lignes tu as réussi à leur donner une psychologie et les rendre attachants.

Tu maîtrises ton style, j'avais lu le premier chapitre de fark west que j'avais trouvé un peu trop "troll" là c'est plus sérieux et ça me parle déjà mieux. Tu fais aussi mieux "ressentir" les choses là où dans le premier chapitre de Fark(le seul que j'ai lu) tu décrivais beaucoup visuellement mais sans montrer. Bon, je pense que tu pourrais "montrer" encore un peu plus, mais bref, ça se laisse lire. Il y a quelques fautes aussi mais pas tant que ça du coup je n'ai pas les yeux qui saignent et je ne doute pas que tu sauras les corriger :p

J'ai toujours un problème avec le terme "inhumain" (peut-être devrais-tu y mettre une majuscule ? simple questionnement) ça m'avait déjà marqué dans fark mais j'imagine que c'est un parti pris sciemment alors je finirai par m'y habituer x) mais pour moi inhumain ça évoque le côté méchant/maléfique/monstrueux (genre "un acte inhumain") plus que le côté "pas humain", n'en déplaise à marvel.

D'ailleurs Azka-B, j'imagine que c'est une référence volontaire ? Perso c'est pas mon délire, je préfère les références subtiles façon Easter Egg, mais ça fait partie des trucs subjectifs alors je te le laisse xp.

Il y a la scène du robot ou je ne suis pas certaine d'avoir tout visualisé correctement mais ça m'a fait penser au robot des télétubbies (cherche pas) ça a peut-être pu altérer mon jugement xD Sinon ça m'a étonné que la prison soit gardée par seulement des drones, vu la technologie présente sur les vaisseaux... je veux dire, si on met là des criminels tels qu'ils voient jamais l'extérieur et rien, à quel moment ils se disent pas que leurs potes mécréants viendront les chercher un jour avec de gros vaisseaux ? Enfin là avec le recul ça fait très "ce qui devait arriver arriva (encore) ". Je pense que c'est surtout cette précision sur l'âge des drônes qui, si elle justifie le succès de ton héros, bah les rend un peu perraves à mes yeux et du coup je me dis "c'est un peu just comme sécurité non ?" Enfin je sais pas, mais ça m'a paru un peu light.

Peut-être pourrais-tu t'attarder un peu plus sur la description de la navette, qu'on voie à quel genre de "sf" on a à faire. Là j'imagine un truc à la Firefly (j'ai vu le début mais c'est typiquement le genre de série auquel j'accroche pas, cependant je dois lui reconnaître un design assez hypant) mais si ça se trouve c'est un shuttle bling bling façon Amarr/Eve Online donc voilà.

Niveau forme, tu devrais utiliser les — plutôt que les - c'est plus joli (et ça fout moins la merde sur word qui s'obstine à reconnaître les - en puces) (raccourci clavier alt +0151) par contre merci pour les dialogues en italique gras comme ça, c'est vachement plus agréable pour lire sur un écran (je suis en train de me demander si je vais pas te copier du coup ahah)

Peut-être aussi donner quelques informations sur la valeur monétaire. Cinq Cent mille on comprend que c'est beaucoup, mais pas forcément à quel point c'est beaucoup. C'est plutôt genre 500 000 yens, 500 000 roupies ou genre 500 000 euros par exemple.

Tes dialogues sont bien foutus aussi, ils transmettent l'essentiel en gardant un rythme parlé naturel, ils sont ni trop courts ni trop long et ponctuent le récit de façon agréable.

Enfin voilà, je sais pas trop quoi dire d'autre, mais en tout cas je reviendrai ! (alors par contre j'ai peu de temps et vous êtes 3 et demi sur ma liste et comme j'essaie de faire les choses bien... bon ça va que t'as pas beaucoup de chapitre je devrais raccrocher les wagons assez vitre mais essaie de pas pondre trois chapitres par semaine merci x) )
Portrait de Sebastien Carré
Toujours aussi bon dans l'art d'appater le chaland, hein ?
Super chapitre !
Portrait de Achayre
Cool ! Tu avais été un peu déçu de la première version de la fin. Celle-ci est bien plus prenante ;)
Portrait de FeliciaMarlove
J'accroche totalement! On entre directement dans l'action, c'est cool. En lisant, on imagine la scène dans sa tête.
Portrait de Achayre
Merci beaucoup Florence :)
Le second chapitre sort très bientôt avec, pour l’occasion, une petite modification de la fin du chap 1.

Si mon style te plait, je t’invite à découvrir mon premier roman complet : Fark West ;)

Bonne lecture ! :)
Portrait de Rochelounet
PREUMS !

Voila un très bon premier chapitre. On reconnait ton empreinte mais à la différence de Fark... ca dézingue très vite. Va pas falloir trop s'attacher aux personnages j'ai l'impression.
J'ai pensé aux gardiens de la galaxie pour l'univers et le ton.

Ravi de pouvoir te relire à nouveau. (et j'ai dit que des jolies choses pour une fois ;) )
Portrait de Achayre
Merci beaucoup ;) Content de voir que mes chapitres plaisent toujours autant ^^
Je travaille sur une nouvelle fin de chapitre beaucoup plus sympa donc il faudra revenir dessus avant de lire le chap 2 ^^
Je ferai une note à ce sujet au début du prochain chap ^^